jeudi 31 décembre 2009

Le Parfum de l'Impératrice d'Orient (3ème partie)

4 - La manœuvre d’Irène

Par quel coup du sort le Prince Constantin, croyant choisir l’espiègle Chloé, la servante de l’apothicaire, se retrouvait fiancé à la douce Marie l’Arménienne ?

Plutôt que le sort, il faut y voir une manœuvre de sa mère, l’Impératrice Irène.

Jadis, lorsqu’elle était encore l’épouse de l’Empereur Léon IV, Irène était une jeune femme au caractère mesuré et aimable. Mais les années d’exercice du pouvoir l’avaient endurci : elle était devenue une redoutable femme politique, rusée, méfiante et manipulatrice. Etait-ce par goût du pouvoir et des honneurs, ou bien par sens du devoir sacré ; toujours est-il qu’Irène entendait bien conserver dans l’ombre les rênes de l’Empire lorsque son fils serait en age de gouverner. Tel un joueur de Shah Mat, elle calculait ses coups à l’avance et plaçait ses pions pour accomplir ses desseins.

Elle s’était résolu à organiser ce grand concours de beauté et de vertu après avoir échoué à obtenir la main de la fille du Roi franc Charlemagne pour son fils. Une occasion ratée d’une alliance entre les Empires d’Orient et d’Occident qui aurait peut-être changé la face du monde.

La manœuvre d’Irène était la suivante : lors de la phase des entretiens du grand concours, c’est elle qui sélectionnait les prétendantes et non Constantin, contrairement à ce qu’elle affirmait. Au travers des questions posées, elle retenait les prétendantes dotées d’un caractère faible et influençable, et éliminait celles chez qui elle décelait de l’ambition et de l’arrivisme.

Irène pensait qu’elle pourrait toujours tirer avantage à mettre dans le lit de son fils une femme influençable et manipulable, et que par ce moyen, elle garderai une emprise sur Constantin.

C’est donc la sélection d’Irène, et non celle de Constantin qui fut utilisée pour la deuxième phase du concours.

Toutefois, un élément qu’Irène ne pouvait prévoir l’avait aidé dans ses desseins : le parfum de l’Impératrice d’Orient. En effet, Constantin avait cru reconnaître la prétendante que son cœur avait élue grâce à ce parfum unique, mais en fait deux personnes différentes l’avaient successivement porté : Chloé lors des entretiens et Marie lors de la finale. On se souvient que Chloé avait confié le flacon de parfum à Marie avant de passer l’entretien. Or, les deux jeunes femmes ne se revirent pas par la suite ; Marie conserva le flacon. Poussée par la curiosité, la jeune arménienne ouvrit le flacon et fut envoûtée par la délicieuse fragrance qu’il contenait. Elle ne put résister à en déposer quelques gouttes à l’intérieur de ses poignets. On peut affirmer que ce charmant geste de coquetterie scella le destin de Marie d’Amnia.


Epilogue


Ainsi donc, le mariage de l’Empereur Constantin VI et de Marie d’Amnia fut célébré avec faste. Le couple impérial, par sa jeunesse et sa beauté était très populaire et admiré par les sujets de l’Empire. Mais cela n’était que la façade d’un édifice fissuré.

Constantin ne s’épris jamais de Marie, il avait rapidement compris la manœuvre de sa mère et délaissait son épouse. Pour l’infortunée Marie, le Palais Impérial était vite devenu une prison dorée où elle vivait solitaire malgré la cour et les honneurs. Elle mesurait avec amertume combien son rêve réalisé de mariage princier n’était qu’en fait un cruel mirage. Mais elle ignorait que ses malheurs étaient loin d’être terminés.

Quelques années plus tard, l’Empereur Constantin VI tomba éperdument amoureux d’une demoiselle d’honneur de sa mère, une magnifique jeune femme nommée Théodote. Pour pouvoir vivre cette passion amoureuse au grand jour, Constantin se résolu à se débarrasser de son épouse Marie. La pauvre Marie fut, de manière mensongère, accusée de complot contre l’Empereur, et d’avoir tenter de l’empoisonner. Elle fut répudiée, chassée du palais et cloîtrée dans un couvent éloigné jusqu’à la fin de ses jours.

Mais l’Empereur avait mal mesuré la popularité de son épouse, réputée pour sa douceur et sa sagesse. Le mensonge était sans doute trop gros, et une majorité des sujets de l’empire n’y cru point. La popularité de Constantin IV en fut ébranlée.

Quelques temps après, le mariage de Constantin VI et de Théodote fut célébré à Constantinople. Cette fois-ci, ce sont les puissants théologiens byzantins qui crièrent au scandale : les liens sacrés du mariage entre Constantin et Marie étaient nullement caducs et l’Empereur s’en trouvait bigame, un péché mortel selon l’orthodoxie en vigueur. Dieu continuerait-il d’accorder ses bienfaits et sa protection à un Empire dont le souverain lui-même vivait en situation de péché mortel ? Ce type de rhétorique catastrophiste fut largement diffusé par l’intermédiaire des moines dont l’influence était importante dans l’Empire. Le crédit et la popularité de Constantin VI dans le peuple et dans les institutions furent rapidement réduits à néant, et des tentatives de répression contre les monastères ne firent qu’aggraver les choses.

La fin du règne de Constantin VI était proche. Un complot le renversa et mis sur le trône impérial… sa mère Irène.

Mais que devint la jeune Chloé ?

Il se raconte que son maître Hypatios l’apothicaire la pris comme disciple et lui enseigna ses secrets de parfums et de fards. Les mois passèrent et Chloé tomba amoureuse d’Alexis, un beau jeune homme fort convoité, car il était le fils unique de l’un des plus riche marchand et armateur de Constantinople. Initiée aux secrets de beauté et de parfums, Chloé n’eut aucun mal à séduire le bel Alexis. Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup de beaux et joyeux enfants.

FIN

Bonne et joyeuse année 2010 !

mardi 29 décembre 2009

Le parfum de l'Impératrice d'Orient (2éme partie)

Conte byzantin et parfumé

2 – Au Palais Impérial

Le palais impérial de Constantinople était une véritable cité dans la cité. On prétendait que plus de 5000 personnes s’y affairaient jours et nuits : des cohortes de fonctionnaires, des militaires de tous grades, des ecclésiastiques en robe de soie, sans compter les courtisans et les innombrables serviteurs et servantes.

Ce qu’Hypatios et Chloé avaient oublié, c’est que ce jour-là, l’événement au palais était la finale du grand concours de sélection de la future impératrice. Les jeunes femmes choisies aux quatre coins de l’Empire étaient attendues au palais ce jour même.

Aussi, lorsque Chloé se présenta aux portes du palais, les rouages de l’administration byzantine cafouillèrent quelque peu. Voyant arriver cette belle jeune femme richement vêtue et parfumée, les différents fonctionnaires chargés de la garde, de l’accueil et de l’orientation des visiteurs firent la confusion : cette jeune femme est sans nul doute une prétendante au concours impérial. Sans qu’elle fût questionnée, Chloé se vit accompagnée et guidée à travers de longs couloirs jusqu’à un magnifique salon orné de spectaculaires mosaïques où patientaient une vingtaine de jeunes filles toutes plus belles les unes que les autres.

Chloé aborda une jeune femme au joli visage enfantin et à l’allure timide : « Bonjour, tu es ici pour une livraison ? »

La jeune femme sembla déstabilisée et protesta d’une voix mal assurée : « Mais non, tout comme vous, je viens participer au concours de sélection d’une épouse pour le Prince Constantin ! Je me nomme Marie d’Amnia, je suis la petite fille de Philarètre, le pieux marchand arménien. J’ai fait un long voyage pour tenter ma chance aujourd’hui ».

Chloé compris enfin la méprise. Dans un premier temps, elle voulu signaler cette erreur aux quelques fonctionnaires présents, mais elle se ravisa.

Comme toutes les filles de son age, Chloé rêvait d’un beau prince et d’un riche mariage ; concourir pour devenir l’épouse du prince de Byzance, la belle aventure ! D’autant plus qu’avec sa belle robe, son maquillage et son fabuleux parfum, sa confiance dans ses capacités de séduction était décuplée.

Alors que Chloé se laissait aller à la rêverie, une préceptrice supérieure des appartements impériaux entra dans le salon et pris la parole.

« Mes nobles demoiselles, soyez les bienvenues au Palais Impérial ! Je vais à présent vous exposer le déroulement du grand concours impérial pour lequel vous avez été sélectionnées.

Ce concours se déroulera en deux phases.

La première phase aura lieu aujourd’hui. Elle consiste en un entretien individuel avec l’Impératrice Irène et le Prince Constantin. Cet entretien a pour but d’évaluer si votre culture, vos idées religieuses et politiques, votre conception générale des choses sont dignes d’une épouse impériale.

Cependant, durant cet entretien, le jeune Prince Constantin ne devra pas être influencé par vos charmes et vos atouts physiques. C’est pour cela que l’on vous couvrira d’une longue cape qui masquera vos formes, d’un grand foulard qui cachera votre chevelure et d’un masque qui occultera votre visage et étouffera votre voix.

A l’issue de cette première phase, seulement six d’entre vous seront retenues par le Prince pour participer à la seconde phase.

Cette seconde phase aura lieu demain : les six prétendantes restantes seront alors présentées au Prince à visage découvert, vêtues d’une légère robe de soie. Le Prince pourra alors arrêter son choix final en désignant celle qui présente la beauté la plus désirable à ses yeux.

La phase des entretiens sera anonyme, c’est pour cela que je vous demanderai, mesdemoiselles, de piocher dans cette urne un jeton en cuivre marqué d’un numéro. C’est ce numéro qui vous identifiera lors de l’entretien. »

Les prétendantes s’exécutèrent ; Chloé tira le numéro 8 et Marie le numéro 12.

« Je déclare la finale du grand concours impérial ouverte » clama la préceptrice.

Une à une, les vingt prétendantes furent appelées par leur numéro, accoutrées pour l’entretien et guidées jusqu’à un salon des appartements impériaux. On arriva au numéro 8, Chloé. La préceptrice remarqua le paquet que la jeune fille tenait entre ses mains : « Pas de cadeaux pour le Prince ou l’Impératrice, c’est la règle de ce concours, laissez cela ici ! »

Chloé se tourna alors vers Marie qui été restée prés d’elle : « Tiens, je te confie ce précieux paquet, je le récupérerai tout à l’heure, quand tous cela sera fini. »




3 – Le grand concours

Le prince Constantin, qui venait d’avoir 18 ans, était assis à la droite de sa mère dans un petit salon de réception des appartements impériaux. Si la perspective d’un mariage avec la fille la plus belle et la plus sage de l’Empire l’avait excité dans un premier temps, la lourde procédure orchestrée par sa mère commençait à lui peser.

Depuis des heures il voyait défiler des pyramides informes de tissus bariolés qui étaient sensées être ses prétendantes, qui répondaient poliment et doctement aux questions très sérieuses de sa mère, comme si elles avaient appris une leçon par cœur. Et dire que sur vingt prétendantes, on en était seulement à la septième !

La huitième prétendante entra dans le salon. Le Prince ressenti quelque chose de différent, qu’il eut du mal à identifier tout de suite. Il compris que c’était un parfum qui envahissait petit à petit le volume de la pièce. Un parfum suave et pénétrant, possédant des aspects à la fois rassurant et intriguant, un parfum de force et de douceur mêlées, un parfum unique.

L’impératrice Irène commença à questionner la prétendante numéro 8, c’est-à-dire Chloé. La servante de l’apothicaire était une fille du peuple qui n’avait pas reçu une grande instruction. Cependant, elle répondit aux questions avec son bon sens et sa sensibilité. Ses idées politiques, certes naïves, étaient pleines d’idéalisme et de générosité, ses idées religieuses étaient pures et tolérantes, et l’ensemble de ses réponses laissait deviner un petit esprit frondeur plein de charme et de piquant.

Le jeune prince fut conquis par le discours simple et sincère de Chloé, il fut séduit par son humour et ses petites touches d’impertinence, auxquelles il n’était pas habitué. Constantin était sous le charme, et pour la première fois de la journée, un large sourire éclairait son visage juvénile.

Finalement, la suite de la journée passa vite pour le jeune prince qui était perdu dans ses pensées, qui tournaient toutes autour de la prétendante numéro 8 qui avait déjà conquis son cœur. Il faut avouer que les pyramides de tissus savantes qui suivirent n’eurent pratiquement aucune attention de la part de Constantin.

A l’issue des entretiens, l’Impératrice s’adressa à son fils :

« Mon bien aimé fils, comme tu le sais, seul ton bonheur m’importe, c’est donc à toi seul, sans aucune influence, que revient le droit de désigner les six prétendantes qui continueront le concours ! »

On fit venir un greffier et Irène continua « Nous t’écoutons mon fils ! »

Constantin prit la parole d’une manière solennelle : « Je distinguerai la prétendante numéro 8, ainsi que… »

Un silence s’installa.

« Ainsi que ? » relança l’Impératrice d’un ton mielleux qui cachait l’agacement

« Heu…oui… la numéro 3, la numéro 10 et… heu… la 14, 17 et 19 » termina laborieusement le Prince.

Le lendemain se déroula donc la deuxième phase du concours. Dans un grand salon richement orné, l’Impératrice Irène et le Prince Constantin siégeaient sur une haute estrade, entourés d’une partie de leur cour. Le six dernières prétendantes firent leur entrée dans le salon. Elles étaient vêtues d’une simple et élégante robe de soie blanche qui mettait en valeur la grâce de leur silhouette juvénile. Les six jeunes filles étaient toutes d’une beauté renversante.

Le prince Constantin était un peu nerveux : il lui fallait impérativement découvrir qui était la numéro 8 parmi ces six beautés, car elles se présentaient sans numéro cette fois.

Selon le protocole, les jeunes prétendantes devaient s’avancer une par une à trois pas face au siège du Prince, puis exécuter une élégante révérence.

Lorsque l’une des jeunes filles, une brune à l’air sage, fit sa révérence, cela créa un léger déplacement d’air en direction du Prince. Immédiatement, Constantin jubilait intérieurement « Mais bien sûr ! C’est ce parfum unique ! Ce doux et merveilleux parfum qui m’avait tant troublé hier ! Voilà la numéro 8, je l’ai trouvé ! »

Le dénouement du grand concours impérial était proche. Toujours selon le protocole établi, le Prince Constantin s’avança plein d’émotions parmi ses prétendantes, pris la main de celle qui venait de choisir, la jolie brune sage qu’il ne connaissait que comme la numéro 8, et la fit asseoir sur un siège vacant de l’estrade impériale, sous les applaudissements de la cour.

Dès le lendemain, des émissaires furent envoyés sur les routes de l’Empire pour répandre la nouvelle : le Prince Constantin avait choisi sa future épouse, Marie d’Amnia, petite fille de Philarètre, le marchand arménien.

???


(A suivre...)

dimanche 27 décembre 2009

Le Parfum de l'Impératrice d'Orient

Conte byzantin et parfumé

Prologue


Il était une fois une souveraine fort belle et fort puissante qui régnait sur l’un des plus formidables empires de l’histoire des civilisations. Il s’agit d’Irène l’Athénienne, veuve de l’empereur Léon IV, mère de Constantin, impératrice à Constantinople, souveraine de l’Empire Byzantin.


Un beau jour, Irène déclara : « Le Prince Constantin, mon fils et futur empereur, est en age de prendre femme. Je ne désire que son bonheur, aussi je veux lui trouver une jeune femme parée de toutes les qualités d’esprit, d’intelligence, de cœur et de beauté. C’est pourquoi je désire organiser un concours à l’échelle de tout l’empire afin de sélectionner cette jeune femme qui deviendra la future impératrice. »


Aussitôt, la puissante administration byzantine fut mise en branle : des émissaires sillonnèrent l’empire munis de parchemins indiquant de manière précises les critères de sélection dictés par l’impératrice : age, taille, poids, couleur des yeux et des cheveux, mais aussi niveau d’instruction et origine sociale. Ces fonctionnaires étaient chargés de sélectionner des prétendantes.



1 - Le vieil apothicaire et sa belle servante


Le vieil Hypatios était l’apothicaire le plus réputé de Constantinople. Ses remèdes, potions et onguents étaient fort prisés ; mais sa renommé venait principalement de ses talents de parfumeur : il créait pour ses riches clients de nombreux produits parfumés : huile pour le corps et les cheveux, sachet pour le linge, mélange de résine à brûler comme encens…


Depuis quelques mois, Hypatios avait pris à son service une jeune servante prénommée Chloé. C’était une jeune fille de seize ou dix-sept ans, à l’esprit vif et au caractère enjoué. La jeune Chloé ne manquait pas aussi de se faire remarquer pour sa grande beauté, malgré ses modestes tenues de servantes : une silhouette élancée, une démarche souple et énergique, un visage aux traits réguliers orné de grands yeux verts et d’une abondante chevelure brune et bouclée.

Chloé était employée à diverses tâches au service de son maître : le ménage et le rangement de la boutique et du laboratoire, mais aussi les livraisons dans la cité de Constantinople.


Un matin, Hypatios convoqua sa servante :

« Il existe une huile précieuse dont je détiens la formule secrète : le Parfum de l’Impératrice d’Orient. Cette fragrance exceptionnelle se compose des extraits de rose les plus suaves, des extraits de jasmin les plus capiteux ; elle comporte aussi du musc apporté d’Extrême-Orient par les caravanes de la route de la soie ; du calamus, de l’encens et de l’ambre gris achetés à prix d’or aux marchands du Nil et bien d’autres composants encore. Ce parfum possède un pouvoir de séduction sans pareil : on prétend que c’est avec quelques gouttes de cette composition dans les cheveux que la modeste comédienne Théodora parvint à séduire le grand Empereur Justinien il y a maintenant plus d’un siècle.

Le Parfum de l’Impératrice d’Orient est exclusivement réservé au Palais Impérial, or hier, un émissaire de la haute-intendance impériale m’en a commandé un flacon.

Toi, Chloé, tu va devoir livrer ce flacon aujourd’hui au palais. Mais il n’est pas question que tu t’y rende avec cet air et cette tenue de souillon : prend ce savon de Syrie et va faire une vigoureuse toilette ; ensuite je te prêterai une belle robe brodée en étoffe de soie qui appartenait à ma nièce et je te permettrai même d’user de quelques uns de mes produits pour farder ton visage. »


Une fois Chloé lavée, coiffée, habillée et fardée, Hypatios déclara : « Te voilà bien belle ma foi, et fort présentable pour aller livrer au palais. Exceptionnellement, je vais verser quelques gouttes du précieux Parfum de l’Impératrice d’Orient dans tes cheveux pour compléter ta parure. Ensuite tu prends ce paquet contenant le précieux flacon et tu files sans délai au palais impérial. »

Chloé fut presque étourdie par les effluves capiteuses du fameux parfum, elle ne s’était jamais sentie aussi belle que ce jour. Aussi, le visage radieux et le pas léger, elle s’en alla prestement au palais, son paquet sous le bras.


(A Suivre…)


dimanche 22 novembre 2009

Échanges et impressions.



A la suite de mon article sur mes expériences de teintures, j'avais fait un petit échange postal avec un lecteur de ce blog, Roberto de Trévise en Italie. Il m'avait envoyé des échantillons de ses teintures et, en retour, je lui avais adressé des échantillons de mes composition parfumées pour lesquelles j'avais fait un article sur ce blog.

J'avais étiqueté les flacons à échantillons avec mes numéros de formule. Voici donc les impressions de Roberto, qu'il m'a autorisé à reproduire ici. (je ne les ai pas traduite, elles sont en anglais).

« So, i took the fragrances numbers and went directly to smell them without going to the blog to read again where they come from...a kind of blind examination...so i go just into my impressions without thinking the raw materials...
so, here we go:

217: i can see a yellow sun in front of me...so yellow and sparkling..a little balsamic and fresh...after a while still sparkling but sweetie...clear and shaped drydown

186: opening with a clean erbaceous note, fresh and sweet, green that suddenly become somehow a candy minty note..

166: soapy green note...imperial...then green leaves that become more and
more green...on my skin become somethiung between a strong lemon and petitgrain (a note that i love)...

223: reesin like, remind me of the mirra note with this liquorice that permeate the smell..after a while smootley goes from bitter into a sweet aspect ...meditative note..

226:the almonds are around me...very sweet, tasty, yummy...soapy warm bubble
bath...(here the benzaldehyde tend to dominate from the beginning)

185: flowery aromatic, somehow narcotic and heavy...mysterious but present woman in front of me..

my favourite 217, 186 and 166 »

Je vous donne tout de même les correspondances entre les numéros de formule et les articles du blog :

217 Ylang Patchouli
186 Fougère orientale
166 Cologne enfantine
223 Teintures alcooliques
226 Par ici la bonne galette
185 Solaire et Exotique

(Source illustration : photo-libre.fr)

lundi 9 novembre 2009

Le printemps en novembre


L'automne est maintenant bien avancé, les jours diminuent, les frimas arrivent, la grisaille s'installe. Quels types de senteur vous invoque cette saison ? L'odeur des feuilles mortes humides, l'humus, les champignons, les mousses et les lichens...

Que diriez-vous d'un arbre fruitier faisant de la résistance à cette ambiance automnale, certes sympathique, mais porteuse d'une certaine mélancolie ? Un arbre qui, à l'heure où ses congénères se déplument et se préparent au repos hivernal, éclate dans une floraison qui répand un subtil parfum printanier en plein mois de novembre.

Cet arbre est le néflier du Japon ( Eriobotrya japonica ) ou bibacier. Certes, comme son nom l'indique, ce néflier n'est pas « bien de chez nous » mais originaire d'extrême-orient ; il est cependant cultivé dans nos contrées soit comme arbre d'ornement, soit comme arbre fruitier lorsque le climat le permet.

C'est un arbre de taille moyenne au feuillage persistant. Ses feuilles coriaces sont d'un vert foncé lustré coté face, et d'un gris vert duveteux avec des nervures rousses coté pile. Les feuilles sont disposées en étoile autour des branches. Bien sûr, il produit des fruits, les bibaces ou nèfles du Japon, qui arrivent à maturité au début de l'été. La chair du fruit est juteuse, sucrée, acidulée, très rafraîchissante. Malheureusement, la bibace, bien que délicieuse, n'est guère « commerciale », car elle présente le désavantage, pour notre époque, de mal supporter le transport.

Mais ce qui nous intéresse en cette saison, c'est la floraison. Les petites fleurs sont de couleur crème, groupées en grappes érigées sur des tiges d'aspect laineux. Lorsque quelques rayons de soleil automnal réchauffent un peu l'atmosphère, le néflier en fleurs va embaumer d'un doux parfum la parcelle de jardin où il est planté. C'est l'occasion pour les insectes butineurs de se livrer à leur dernier festin avant la disette et la léthargie hivernale.

Venons-en à ce parfum : je le qualifierai de floral gourmand. Pour le coté gourmand, c'est une facette à la fois amandée et miellée, tirant presque sur le vanillé. Le coté floral évoque un mimosa avec des accents verts. Le tout est doux, presque sucré, et pourrait évoquer une viennoiserie généreusement tartinée de miel d'acacia.

J'ai lu que dans les années 1950, un essai d'extraction d'une absolue de fleurs de néflier du Japon avait été tenté, mais le rendement s'est avéré décevant. Il est certainement possible de reconstituer le parfum du néflier en fleurs ( absolu de mimosa, héliotropine, aldéhyde anisique ,peut-être une pointe d'alcool cinnamique et de vanilline ?). Pourtant, à ma connaissance, la note « Fleur de Néflier » n'est pas exploitée dans la parfumerie commerciale, pourtant toujours à la recherche de nouveauté pour se distinguer.

Si le néflier du Japon n'a pas de chance avec la parfumerie, il en est autrement avec la cosmétique. En effet, on a trouvé des vertus anti-rides et liftantes à des substances extraites de ses feuilles. La mention « Eriobotrya japonica extract » fleuri donc sur les étiquettes de ces petits pots de crème hors de prix.

(Illustration : Néflier du Japon en fleurs, source http://commons.wikimedia.org)

dimanche 1 novembre 2009

Myrte rouge et cyprès bleu


J'avais envie de me livrer à un petit exercice d' « habillage » de matières. J'ai choisi deux matières naturelles, les huiles essentielles de myrte et de cyprès bleu. Ces deux essences, dotées d'une personnalité olfactives certaines, peuvent être évocatrices de senteurs de maquis méditerranéen, de plantes aromatiques, de résines chauffées par le soleil, dans ces iles qui auraient pu être visitées par Ulysse lors de son Odyssée.
Après quelques essais, j'ai arrêté la formule suivante, sur un thème aromatique frais boisé, plutôt masculin, avec une structure d'inspiration « fougère », mais sans lavande.


La formule

Citron HE : 5
Bergamote HE : 6
Myrte rouge HE : 4
Bois de Hô HE : 2
Dihydromyrcénol : 3
Anthranilate de méthyle @5% : 1
Hédione : 15
Salicylate de benzyle : 3
Méthylionone : 2
Coumarine @25% : 16
Cyprès bleu HE : 4
Bois de gaïac HE@50% : 15
Kephalis : 8
Mousse de chêne absolue @10% : 15

Les indications de quantité peuvent être prises comme des gouttes ( Bergamote HE : 6 signifie 6 gouttes d'huile essentielle de bergamote). Après avoir composé le mélange, on ajoute 5ml d'alcool à 90° de pharmacie pour avoir un échantillon.

Les matières vedettes


Myrte rouge (Myrtus Communis)
La myrte est un arbrisseau buissonnant aromatique du maquis méditerranéen. La mythologie grecque avait consacré la myrte à Aphrodite et à l'amour ; la couronne de myrte récompensait les triomphes militaires secondaires (la médaille d'argent de la couronne de laurier en quelque sorte) ou la virtuosité en matière de poésie amoureuse.
La myrte produit des baies d'une couleur violette sombre utilisées comme épice ou pour la fabrication d'une liqueur populaire en Corse et en Sardaigne. Si les deux espèces végétales sont éloignées d'un point de vue botanique, la myrtille dérive étymologiquement de la myrte du fait de la similarité d'aspect de leurs baies.
L'huile essentielle de myrte possède des facettes fraiche médicinale camphrée (cineole), térébenthine (alpha pinène), citrus (limonène, alpha terpinéol) et herbacée (acétate de myrtényle). L'ensemble pourrait presque faire penser à une version naturelle et légère de l'aldéhyde C12 laurique.

Cyprès bleu (callitris intratropica )
Le cyprès que j'ai utilisé ici est loin d'être méditerranéen, puisqu'il est australien
Le profil olfactif de l'huile essentielle de callitris intratropica est intriguant à bien des égards J'y trouve des aspects d'encre d'imprimerie, mêlés d'une curieuse facette pseudo-menthée, sur un fond qui tend vers des accents boisés (cèdre) et herbacés (camomille).
Renseignements pris, cette HE comporte principalement des isomères de l'eudesmol (alpha, béta et gamma) que l'on retrouve dans les HE d'amyris et d'hinoki ; du guaiol, présent aussi dans le bois de gaïac et utilisé dans les accords rose-thé ; ainsi que du chamazulène et gaiazulène qui donne à cette essence une remarquable couleur bleue indigo. L'HE de callitris intratropica ne contient pas d'alpha-pinène qui est pourtant le composant principal du traditionnel cyprès commun européen (Cupressus sempervirens).

Dans la composition, la myrte intervient plutôt en note de tête, alors que le cyprès bleu australien est en note de cœur/fond.

Les autres matières

En tête, la myrte est accompagnée d'un accord hespéridé citronné frais (citron, bergamote, DHM) avec une légère pointe cologne néroli (anthranilate de méthyle).
Le cyprès bleu est soutenu par des bois, le gaïac qui lui est proche par certains aspects et le Képhalis, un bois synthétique qui dispose d'une physionomie ambré/tabac. La coumarine et la mousse de chêne sont là pour la structure « fougère » ; on retrouve également la fée Hédione et sa baguette magique. J'ai également ajouté du salicylate de benzyle (note solaire/fleurs exotiques, très tenace) qui peut paraître déplacé dans le contexte, mais après quelques essais, je trouve qu'il a sa place dans le tableau (peut-être la plage en contrebas du maquis ?).

Au final, les identités de la myrte et du cyprès bleu australien sont bien préservées dans la composition, même si à la seule lecture de la formule, ils apparaissent comme minoritaires.

(Illustration : Circe offering the cup to Ulysses, toile de J.W. Waterhouse, source : reproductionart.com)

dimanche 18 octobre 2009

Les teintures de Roberto.


A la suite de l'article sur mes expérimentations en matière de teintures alcooliques, l'un des lecteurs de ce blog, Roberto, de Trévise en Italie, m'a gentiment fait parvenir quelques échantillons de ses propres teintures.
J'ai donc reçu une enveloppe garnie d'échantillons de teintures de tabac, de cire d'abeille et de café, dont je vais vous livrer mes impressions olfactives.

Teinture de tabac
J'ai une impression dominante de miel mêlé d'herbes sèches un peu poussiéreuses. Comme facettes secondaires, j'y ai trouvé un aspect rhum brun et aussi fève tonka, mais sans la facette gourmande amandée. Roberto m'a précisé qu'il a utilisé un tabac non aromatisé.
Le thème tabac est classique en parfumerie ; toute une palette de matières premières permet l'évocation des senteurs tabacées : coumarine, immortelle, fève tonka, kephalis, maté... et bien sûr l'absolue de tabac.
J'évoquerai Habanita de Molinard pour illustrer le tabac en parfumerie. C'est un peu paradoxal, car Habanita, fragrance riche et complexe, ne revendique pas particulièrement de note tabac, mais il a été conçu en 1921 pour parfumer les fumeuses, à l'époque où l'habitude de fumer était du plus grand chic pour les femmes élégantes. (Selon la légende, dans sa première version, Habanita était une préparation destinée à aromatiser les cigarettes de ces dames).

Teinture de cire d'abeille
L'odeur est tout d'abord grasse, huileuse, c'est finalement à une huile d'olive « fruitée vert » que me fait penser cette teinture, avec cette légère touche végétale d'herbe coupée. J'y trouve aussi une facette miellée, ainsi qu'un léger aspect floral mimosa.
La cire d'abeille, sous forme d'absolue extraite aux solvants volatils, est utilisée en parfumerie. Elle peut être combinée aux notes florales (rose, jasmin, tubéreuse) pour leur donner un accent plus animal, plus gras ; mais également dans les notes miellés ou tabac. L'un des parfums emblématiques de la note « cire d'abeille » est sans doute Miel de Bois de Serge Lutens (qui, selon les rumeurs, serait en voie de discontinuation).

Au final, ces deux teintures, le tabac et la cire d'abeille ne sont pas si éloignées que ça du point de vue olfactif, elles ont toute les deux une dominante tabacé miellé, la cire étant plus grasse, le tabac étant plus sec. Les deux teintures n'ont pas une très grande intensité olfactive et sont peu tenaces ; j'ai du utiliser la technique de la « surimpression sur touche » (c'est à dire que j'ai trempé plusieurs fois la même mouillette en papier) pour en avoir une bonne impression.


Teinture de Café
Voilà une senteur plus ambiguë qu'elle en a l'air. C'est vrai que si on pense « café », on y sent du café ; mais si on laisse un peu aller ses sens, c'est l'arôme d'une tablette d'un chocolat noir sec et amer qui s'impose, avec des aspects de goudron et de cuir à l'horizon.

L'extraction d'une absolue est également pratiquée à partir des grains de café torréfiés. L'absolue de café peut être utilisée par les parfumeurs en appuie de notes gourmandes café, chocolat, caramel ou de notes cuirées.
Pour évoquer un parfum qui met en scène la note café/cacao, agrémenté de patchouli, de vanille et de tonka : A-men de Thierry Mugler.



Illustration : Pochette du disque Couleur Café de Serge Gainsbourg, source www.ecompil.fr.
Clip : Couleur café par Serge Gainsbourg

lundi 12 octobre 2009

Par ici la bonne galette


Oubliez la pyramide, voici la galette !

La galette, de quoi s'agit-il ?

Cette « galette » est, dans la formulation d'un parfum, un groupe de quelques matières premières, qui représentent à elles seules, une proportion importante, voire majoritaire, de la masse totale de la formule. Les matières de prédilection de la « galette » sont l'Hédione, l'Iso E Super, les muscs dit « blancs », ainsi que la méthylionone.

Pourquoi ce vocable de « galette »? je me pose la question de l'origine de ce terme, mais le fait est qu'on le retrouve dans le jargon des parfumeurs, dans certains cours de parfumerie par exemple. On peut également désigner cette « galette » par les termes alternatifs de « noyau », ou d'« ossature » de la composition du parfum.

Petite présentation des protagonistes.

L'Hédione ( ou dihydrojasmonate de méthyle) a été synthétisé par les laboratoire Firmenich dans les années 1960. Ce matériau a une intensité olfactive faible, mais une bonne ténacité linéaire. Son odeur subtile est florale, fraiche (une petite facette citronnée), aérienne. L'Hédione s'est fait connaître par L'Eau Sauvage de Christian Dior (1966), puis est devenu une sorte de baguette magique pour parfumeurs.

L'Iso E super est une matière synthétique, qui possède aussi peu d'intensité, mais de la ténacité. Il peut rappeler le cèdre avec un coté ambré doux, et aussi une facette iris. On lui prête également une caractéristique veloutée. Parmi les parfums possèdent une teneur significative en Iso E Super, on peut citer Fahrenheit de Christian Dior, Féminité du Bois de Serge Lutens, Déclaration de Cartier ou encore Terre d'Hermès.

Les muscs dit « blancs » ont pour caractéristique commune une douceur ronde et tenace souvent évocatrice de propreté teintée de sensualité. Il en existe une large palette, allant du lessiviel (Tonalid) au sirupeux (Ambrettolide) en passant par des aspects fruités (Galaxolide), poudrés, ou « petit animal propre » (Exaltolide). On peut cependant leur reprocher de « jeter un voile », d'opacifier les compositions qui en comportent beaucoup. Un représentant fameux de ces parfums à muscs blancs est le bien nommé White Musk de The Body Shop (1981) qui en comporte 9,4% sur le produit final (et non sur le concentré), essentiellement du Galaxolide (7,7%), du Tonalide (1,6%) et un peu de Cashmeran (0,1%).

La méthylionone est classée conventionnellement dans les matières iris/violette. La matière possède un caractère floral violette et un caractère boisé chaud. En étant négatif, on pourra lui trouver une facette « caoutchouteuse » et en étant positif un aspect sensuel d'épiderme parfumé à la violette. Elle est utilisée depuis le début du vingtième siècle.

Cette « galette » joue donc le rôle d'un noyau, autour duquel le parfumeur va faire graviter les différentes notes de sa composition en fonction des motifs olfactifs voulus. Ce noyau, massif mais au second plan, va soutenir la composition, remplir les interstices, assurer la tenue, mais sans imposer (normalement) une personnalité particulière.


L'exemple le plus fameux de « galette » est sans doute dans Trésor de Lancôme (1990) composé par Sophia Grojsman. En effet, seulement quatre matériaux représentent 60% du poids de la formule, on retrouve l'Hedione, l' Iso E super, le Galaxolide et le méthylionone. Un autre exemple, Ralph par Ralph Lauren (2000), un fruité floral pour jeunes américaines. Sur les 38 composants odorants révélés par une analyse chromatographique de Ralph, seulement deux représentent en quantité 43% du total ; encore l'Hédione (30%) et le Galaxolide (13%).

Il y a certainement de nombreux parfums sur le marché qui s'articulent autour d'une galette, mais comme l'industrie de la parfumerie a choisi de se protéger par le secret (éternel) et non par le brevet (temporaire), il est difficile d'en dire plus.


Expérimentons la galette.

J' ai donc tenté une petite composition basée sur ce concept de galette, autour de laquelle viendront se greffer rose, jasmin et iris. Une tentative de floral classique en somme.


La formule

Hédione : 20

Iso E Super : 10

Brassylate d'éthylène (musc T) : 6

Exaltolide@50% : 8

Alcool phényléthylique : 3

Citronellol : 1

Géranium HE : 1

Monarde fistuleuse HE : 1

Acétate de benzyle : 2

Jasmin absolue : 1

Dihydrojasmone@20% : 3

Iris (rhizome) absolue@20% : 4

Carotte (graines) HE : 1

Alpha-ionone : 1

Méthyl-ionone : 1

Benzaldéhyde@10% : 6

Giroflier (bouton floral « clou »)HE@20% : 2

Coumarine@25% : 4

Vanilline@50% : 4


Commentaires sur la formule

La « galette » (71%) :

L'Hédione (35% à lui seul), l'Iso E Super et les muscs (Musc T et Exaltolide)


La rose (11%) :

représentée (sommairement, il est vrai) par l'alcool phényléthylique, le citronellol, le géranium et la monarde fistuleuse (qui n'est pas une espèce de grenouille arboricole de bassin de l'Orénoque, mais une fleur à géraniol cultivée en Normandie).


Le jasmin (6%) :

l'absolue de jasmin, renforcée par l'acétate de benzyle, et le dihydrojasmone, mais l'Hédione du « noyau » peut être considérée comme participant à l'accord jasmin.


L'iris (7%) :

Avec l'absolu d'iris, la graine de carotte, le méthyl-ionone et l'alpha-ionone.


Les notes complémentaires (5%) :

Le benzaldéhyde : il intervient en tête de la fragrance et apporte, combiné avec les notes florales, un petit coté fruité-noyau. Le benzaldéhyde possède une forte odeur d'amande amère.

Le clou de girofle : apporte une pointe épicée, mais on peut aussi considérer que son composant principal, l'eugénol, est un classique dans les accords rose et jasmin.

La coumarine et la vanilline, quelques douceurs en soutien.

La fragrance :

Sans être antipathique, le résultat est guère original, mais ce n'est pas ce qui était recherché ici. Cela évoque un parfum féminin propret de cosmétique lamdba, avec une note « amande de cerise » en tête (le benzaldéhyde combiné avec les alcools de rose sans doute). La « galette » malgré le dosage un peu exagéré pour les besoins de l'expérience s'avère finalement plutôt discrète, assurant son soutien logistique en coulisse.


(source illustration : photo-libre.fr)

dimanche 4 octobre 2009

De l'origine des chypres


Dans la classification moderne des parfums, la famille des chypres fait directement référence au parfum « Chypre » créé par François Coty en 1917. Cette famille plutôt féminine se base sur l'élégant contraste d'un thème frais (bergamote, notes vertes ou florales) et d'un thème sombre (patchouli, mousse de chêne, labdanum).
Si le Chypre de Coty est resté pour définir une famille de parfum, il est loin d'être le premier « chypre ».

Au début de la parfumerie moderne, d'autres chypres avaient devancés celui de Coty : ceux de Roger & Gallet en 1893, de Lubin en 1898 ou le « Chypre de Paris » de Guerlain en 1909. Mais même ces produits faisaient référence à une vieille tradition de productions parfumées associés au terme «chypre » dont l'origine est mal déterminée.

Dès le quatorzième siècle, on trouve mention, dans les livres d'inventaires des seigneuries, de divers objets ornementés (cagettes, lanternes, coffrets) destinés à contenir des oiselets de chypre (oysellez de cypre ou oisellez de chippre).
Qui sont ces mystérieux volatiles chypriotes ?

Il s'agissait en fait d'un type de pastille parfumée, faites d'un agglomérat de substances odorantes moulées en forme d'oiseau. Les oiselets étaient, selon les sources, utilisés tels quels comme parfum d'ambiance (un peu l'ancêtre du diffuseur Air Wick), ou alors brulés comme encens.
Une composition de ces oiselets a été rapporté en 1721 : charbon de saule, racines de cypérus, labdanum, mastic, encens, styrax, marjolaine, cannelle, girofle, santal citrin, roses rouges.
Un ingrédient peut attirer l'attention, les racines de cypérus, certainement cyperus esculentus, le souchet comestible. En effet, les tubercules doux et parfumés de cette plante (appelés « amandes de terre ») étaient un ingrédient utilisé dans la parfumerie ancienne.
Et si les oiselets de Chypre n'avaient rien à voir avec l'ile méditerranéenne, mais étaient plutôt des « pastilles en forme de petits oiseaux au cyperus », d'où oiselets de cypre puis oiselets de chypre. Je vous rassure, cette alternative étymologique sur l'origine du terme chypre en parfumerie n'est pas de moi ; le parfumeur anglais G.W. Septimus Piesse avait déjà avancé cette hypothèse au début du 19ème siècle.

A partir du 18ème siècle, les distillateurs, les parfumeurs et autres liquoristes proposent dans leurs traités différentes versions d'« Eau de Chypre » dont le lien avec les oiselets reste à préciser.

Voici donc quelques compositions de chypres (ou plutôt Eaux de Chypre) anciens.

Dans son Traité raisonné de la distillation (1753), M. Déjean propose la préparation d'Eau de Chypre suivante :
2 gros de quintessence d'ambre gris,
5 pintes et chopines d'eau de vie,
à distiller dans un alambic.

Pour Pierre Joseph Buc'hoz, l'Eau de Chypre est un peu plus complexe ; en voici la préparation dans son ouvrage Toilette de Flore de 1771 :
8 pintes d'esprit de jasmin
1 once d'iris concassé
½ once de graines d'angéliques pilées
3 noix muscades pilées
6 onces de rose muscade blanche pilée
2 gros de néroli
30 gouttes d'ambre
Le tout est à distiller à l'alambic

Dans le Confiseur moderne (1803), J.J. Machet nous propose une autre Eau de Chypre :
1 pinte d'esprit de jasmin
1 livre de double de rose
1 livre d'infusion de violette
1 livre de bergamote
1 gros de néroli
12 gouttes d'esprit d'ambre
12 gouttes de musc
Les ingrédients sont à mélanger puis à filtrer.

Une autre version, celle de C.F. Bertrand dans Le parfumeur impérial (1809)
4 pintes d'eau de jasmin
1 chopine d'eau de violette
1 chopine d'eau de bergamote
1 chopine d'eau de tubéreuse
1 chopine d'esprit d'ambrette
4 onces de benjoin ou de baume de tolu
2 onces de storax
4 onces d'essence d'ambre et de musc
½ sétier d'eau de rose simple

L'anglais G.W. Septimus Piesse nous propose une Eau de Chypre qu'il présente (déjà à l'époque) comme un vieux parfum français démodé, mais le plus tenace qu'il soit. (dans Art of Perfumery and the methods of obtaining the odor of plants -1812-)
1 pinte d'esprit de musc
½ pinte d'extrait d'ambre gris
½ pinte d'extrait de vanille
½ pinte d'extrait de fève tonka
2 pintes d'esprit de rose triple


Et pour la bonne bouche, une Eau de Chypre qui se déguste, puisqu'il s'agit d'une liqueur et non d'un parfum. C'est celle de Lebeaud et Julia de Fontenelle dans leur Nouveau manuel complet du distillateur et du liquoriste de 1843.
185 grammes d'iris de Florence
185 grammes de zeste de citron
62 grammes de cannelle
22 litres d'alcool
18 litres d'eau
Distillez le tout à l'alambic puis ajoutez :

60 gouttes d'essence de bergamote
16 grammes d'essence d'ambre
6 litres d'eau de fleur d'oranger
6 litres d'eau pure
12 kg de sirop de sucre.

Pour celles et ceux qui se sentiraient une âme de parfumeur royal ou impérial, voici les correspondance des unités de mesures anciennes selon le « système du Roy » :

Unités de volume :
1 pinte = 952 ml
1 chopine = 476 ml
1 sétier = 152 litres

Unités de masse
1 gros = 3,82 grammes
1 once = 30,59 grammes
1 livre = 489,50 grammes

( Illustration : Tubercules du souchet comestible cyperus esculentus, source http://ipp.boku.ac.at)

dimanche 27 septembre 2009

Teintures alcooliques


Le principe de la teinture alcoolique est simple : il suffit de faire macérer un matériau odorant dans de l'alcool éthylique durant un temps suffisant pour que l'alcool capture l'odeur du matériau en question. Les teintures ont été des matières importantes dans la parfumerie pré-moderne, jusqu'au début de vingtième siècle, par exemple la teinture de musc tonkin et la teinture d'ambre gris.

A la recherche de matières premières parfumées, j'ai fait quelques expériences de teintures alcooliques, avec de la vanille, des fèves tonka, de la poudre d'iris et des graines d'ambrette. Ces teintures ont toute plus de 6 mois, sauf celle de graines d'ambrette qui a 3 mois. Je vous livre quelques commentaires de ces expérimentations.


Teinture de gousse de vanille

Une demi-gousse de vanille (environ 1,5 gramme), coupée en petit tronçons, pour 10 ml d'alcool à 90°. (la gousse utilisée est de la vanille bourbon 1er choix)

La teinture a une couleur ambrée foncée ; sur touche, elle a bien l'odeur de la gousse de vanille, bien gourmande, mais avec une facette animale assez surprenante. J' ai appris sur le blog de Sylvaine Delacourte ( http://espritdeparfum.com/accueil/ ) que la maison Guerlain utilise la teinture de vanille (enrichie par de la vanilline) pour la fameuse « guerlinade » de ses parfums classiques.



Teinture de poudre de racine d'iris

Trois grammes de poudre d'iris (une cuillère à café) pour 10 ml d'alcool à 90°

Une personne a qui je faisais sentir cette teinture m'avais dit « c'est du curry ! ». Je n'avais pas fait cette analogie olfactive entre la teinture d'iris et le célèbre mélange d'épices, mais elle est finalement pertinente. Pour ma part, je trouve dans cette teinture un coté bâton de réglisse mêlé de violette. Donc le profil sera : bâton de réglisse, curry, violette.

Je l'ai comparé sur touche avec une dilution à 20% d'absolue d'iris palida, les senteurs sont tout de même différentes. L'absolue possède une effet « carotte » en tête, qui est absent de la teinture, l'absolue est plus florale, plus poudrée, plus complexe et moins brute que la teinture. Je dirais que l'on retrouve la teinture est dans l'absolue, mais pas l'inverse. Une chose qui m'a surpris, c'est que la teinture est bien plus tenace que l'absolue à 20%. J'ai d'ailleurs conservé une touche de cette teinture qui date d'avril dernier, et il reste une très légère odeur, mince mais perceptible.


Teinture de fèves tonka

Deux fèves tonka (3 à 4 grammes) râpées pour 10 ml d'alcool à 90°


J'ai comparé cette teinture avec une dilution à 10% d'absolue de fève tonka (toujours sur mouillette) : l'identité olfactives des deux produits est similaires à mon nez ; sauf que la dilution d'absolue possède plus d'intensité. Je reprendrais donc les descriptifs classiques de la fève tonka en parfumerie : doux, chaud, foin, tabac, amandé, caramel.


Teinture de graines d'ambrette

Environ 8 grammes de graines d'ambrette concassées pour 10 ml d'alcool à 90°.


La teinture a une couleur jaune-vert pale, j'y sens du fruité (poire), une facette du chocolat (pas l'arôme de chocolat lui-même, mais l'une de ses facettes, je ne saurais trop la décrire), du floral, le tout s'évanouissant sur un fond qui évoque un musc blanc. Malheureusement, tout cela est très ténu, il faut vraiment tendre le nez, et trois heures après avoir imbibé la mouillette, il ne reste plus rien (sauf anosmie de ma part).


Pour terminer une composition volontairement simpliste à base de teintures :


Teinture de gousse de vanille : 3 grammes

Teinture de fèves tonka : 0,5 grammes

Teinture de poudre d'iris : 8 gouttes

Huile essentielle de bergamote : 8 gouttes

(Pas de solvant à ajouter, c'est prêt, mais on peut attendre une maturation )


Cela donne une espèce d'ectoplasme de Shalimar, léger mais pas antipathique.



( Illustration : fleur de l'hibiscus Hibiscus Abelmoschus, qui produit les graines d'ambrette. source http://www.fleurdestropiques.net )

dimanche 20 septembre 2009

Ylang Ylang Patchouli


Je vous propose une composition dans un style floral/boisé, avec un concept bi-matière : la fleur c'est l'ylang-ylang et le bois c'est le patchouli.

La formule :

Ylang Ylang III HE : 10
Acétate de benzyle@20% : 6
Salicylate de benzyle : 3
Lyral : 3
Dihydrojasmone@20% : 2
Bois de hô : 2
Methyl laitone@10% : 4
Patchouli HE : 5
Piconia : 4
Ethylène brassylate (aka musc T) : 6
Civette (reproduction) @5% : 1
Cumin HE@10% : 1

Quelques précisions sur la formule : Les indications de quantité peuvent être prises comme des gouttes ( Ylang Ylang III HE : 10 signifie 10 gouttes d'huile essentielle d'ylang ylang III). Après avoir composé le mélange, on ajoute 4 à 5 ml d'alcool à 90° de pharmacie pour avoir un échantillon prêt à utiliser. L'indication @20% signifie que la matière a été dilué selon le pourcentage indiqué dans de l'alcool à 90° de pharmacie.

Commentaires sur la composition :

Notes Ylang Ylang
L'huile essentielle III d'ylang ylang utilisée est une fraction « lourde » (et bon marché) de la distillation de la fleur, je l'ai donc complété avec de l'acétate de benzyle, naturellement présent dans les fractions plus légères d'HE d'ylang (ylang extra). L'acétate de benzyle a une odeur montante qui se situe entre le vernis à ongle et la liqueur de banane.
J'ai aussi ajouté du salicylate de benzyle (également présent naturellement dans l'HE d'ylang), qui fait parti de ces « notes solaires » qui évoquent la crème solaire et les fleurs exotiques (ou le sable chaud pour certains)

Notes florales complémentaires
Le Lyral, qui peut rappeler les fleurs de tilleul ou le muguet ; c'est synthétique, c'est tenace, c'est linéaire, c'est sans surprise.
Le dihydrojasmone : c'est plutôt une note florale verte, destinée ici à apporter un soupçon de verdeur à l'ensemble. En elle même, l'odeur de cette matière me rappelle celle du céleri en branche.
Le bois de hô : autant dire du linalool.

Notes patchouli
Bien sûr représenté par l'HE de patchouli, épaulée par du Piconia ( ou Isolongifolanone ), un bois synthétique qui a un caractère « patchoulesque » un poil ambré.

Notes complémentaires
Le methyl laitone, qui joue un rôle d'adoucissant, d'« arrondisseur » (un peu à la manière de la coumarine dans d'autres compositions) ; cette matière possède des facettes crémeuses, lactées, avec une petite odeur de noix de coco.
Les notes « sales » à dose homéopathique, pour relever un peu la sauce : le cumin et la civette.
Le rôle du musc est joué par l'éthylène brassylate (ou musc T).

La fragrance :

Il ne faut pas être rebuté par la sensualité florale, capiteuse, mais quelque peu animale (voire médicinale) du parfum de l'ylang ylang qui domine évidemment la composition. Le patchouli reste plus discret, mais il est tout de même présent. Je suis un peu déçu pour la tenue, je m'attendais à mieux : le parfum ne s'évanouit pas, mais il tombe un peu vite sur son fond boisé/musqué. A retravailler sans doute...


(Illustration : Miss Ylang Ylang (par Pierre Joubert), personnage de « méchante »,ennemie jurée de Bob Morane dans les romans d'Henri Vernes. Elle se distingue par le fort sillage d'ylang ylang qui l'accompagne.)

dimanche 13 septembre 2009

Allons voir si la rose...

Au printemps dernier, j'étais allé faire une petite promenade au parc de la Tête d'Or à Lyon. J'avais l'intention de rendre visite aux roses et de humer leurs parfums.

En effet, le parc de la Tête d'Or ne compte pas une roseraie, ni deux roseraies, mais trois roseraies !

Il y a la roseraie du jardin botanique qui présente les espèces sauvages de roses, les roses historiques et anciennes. C'est là que l'on peut trouver quelques variétés de rosa centifolia, la fameuse rose des parfumeurs. Ce jour-là, j'avais zappé le jardin botanique et sa roseraie, il faudra que j'y retourne au printemps prochain.

La deuxième roseraie est la roseraie de concours. C'est une exposition de roses d'obtention récente, pas encore commercialisées, qui se disputent le titre de « plus belle rose de France » lors d'un concours organisé en ce lieu depuis 1931. J'avais parcouru cette petite roseraie, mais aucun parfum n'avait attiré mon attention. Pourtant, il me semble que le parfum fait partie des critères lors des concours de roses, mais il s'agit sans doute d'un critère secondaire.

Enfin, il y a la roseraie internationale, la plus imposante, où les roses sont présentées en massifs disséminés dans cinq hectares de jardin paysager. Cette roseraie compte autour de 360 variétés de rosiers ce qui représente près de 30.000 plants ; je vous laisse imaginer le nombre de fleurs en pleine saison.

Je ne me suis pas amusé à renifler les 360 sortes de roses de ce jardin, mais c'est là que trois parfums ont retenu mon attention olfactive.

Premier parfum : très citronné, presque acidulé (effluves de citronellol ?), avec une facette plus douce qui m'évoque... la banane. C'est presque un arôme de bonbon fantaisie que dégage cette grande rose jaune qui se nomme « Vendée-Globe ».

Un peu plus loin, encore du fruité-floral, plus gourmand cette fois-ci. Pêche et melon pour le fruitée, mais aussi des facettes pâtissières : un peu farine, un peu amandée (frangipane ?), et j'ai aussi une impression de Grand Marnier. Cette fleur d'une robe rose pale relevé d'orangé s'appelle « Paul Bocuse ». Amusant, j'ai trouvé des accents pâtissiers dans une rose qui porte le nom d'un cuisinier.

Une autre senteur, c'est le cocktail multifruit multivitaminé du petit-déjeuner, c'est frappant ! De l'orange, de l'abricot, du fruit de la passion, un soupçon d'ananas, on en boirait. Cette rose s'appelle « Line Renaud », et j'ai découvert qu'elle avait remporté treize récompenses internationales dont un 1er prix du parfum (cela existe donc pour les roses !) et le Grand Prix de la Rose de la Société Nationale d'Horticulture de France. C'est d'ailleurs sur le site internet de cette SNHF que j'ai lu que certains aspects du parfum de cette rose pouvait être comparés à In Love Again d'Yves Saint Laurent.


Moralité de la balade : le fruité-floral n'est pas uniquement un concept de parfumerie.


samedi 5 septembre 2009

Extension de palette..

Je viens de recevoir trois matières premières naturelles qui viennent enrichir ma palette. Jetons-y un coup de nez.

Huile essentielle de baies roses (schinus molle), origine Pérou.

Une matière « à effets spéciaux » prisée par les parfumeurs, employée pour apporter un éclat épicé, frais et fusant dans les notes de tête d'une composition. De nombreux parfums l'utilise, comme Si Lolita de Lolita Lempicka, lancé il y a quelques semaines.

Mes impressions olfactives : démarrage en fanfare, du poivre, du fruité agrumes, du résineux qui se bousculent. Le poivre file rapidement en quelques secondes (comme d'habitude), laissant la vedette à la facette fruitée fraîche sur un arrière-plan tendance « suc des Vosges ». Cette essence laisse un fond ténu de bois léger.



Huile essentielle de cypriol, également appelé nagarmotha (cyperus scariosus), origine Inde.

A l'instar du vétiver, ce sont les racines de cette variété de papyrus qui sont distillées pour en tirer une essence odorante. Quelques parfums revendiquent une note cypriol dans leur pyramide : c'est le cas de Xeryus de Givenchy (1986),Tom Ford for Men (2007), Magnifique de Lancôme (2008). Le cypriol serait également utilisé pour reproduire à bon compte (sans doute avec d'autres matières) un effet « bois de oud », ce bois oriental précieux qui a ses aficionados.

Mes impressions olfactives : boisé, terreux, légumes cuits, un peu fumé, comme une hybridation de patchouli et de vétiver, avec un coté vieux fromage. Tenace.

Une matière intéressante, qui pourrait effectivement tenir les rôles habituellement dévolus au vétiver ou au patchouli, mais en apportant sa propre personnalité.



Absolue de jasmin ( jasminum grandiflorum), origine Inde.

Doit-on encore présenter la mythique reine des fleurs et son usage incontournable en parfumerie ?

Mes impressions olfactives : l'absolue de jasmin, ça reste magique ! J'ai particulièrement remarqué la facette verte poudrée de ce jasmin indien.


J'ai remarqué que lorsque je reçois de nouvelles matières, je m'empresse souvent de les mettre à toutes les sauces dans mes petites compositions, l'attrait de la nouveauté sans doute. En tout cas, ces trois là ont vraiment des sources d'inspiration.

samedi 22 août 2009

Fougère orientale

En parfumerie, le terme « fougère » désigne une famille de parfum construit autour de quelques matières de référence : la lavande et la bergamote pour une tête fraiche et propre, la coumarine et la mousse de chêne pour un fond poudré et boisé. A partir de ces ingrédients de base, la fougère peut être dirigée vers une physionomie florale (jasmin, rose/géranium, œillet...), aromatique (thym, romarin, basilic...), orientale (vanille, santal, ambre...) ou épicée, ou hespéridée, les variantes sont multiples.

L'ancêtre de cette famille est Fougère Royale d' Houbigant (1882) qui a laissé son nom à la lignée. Parmi les fougères historiques, on citera Jicky de Guerlain (1889), English Fern de Penhaligon's (1911), Canoë de Dana (1936). Il est intéressant de noter que ces fougères anciennes étaient destinées à un public féminin.

Au cours du vingtième siècle, les fougères opèrent un étonnant numéro de transformisme : du rayon féminin, elles se retrouvent propulsées au rayon masculin et deviennent même la référence en matière de virilité parfumé. Désormais, on ne comptera plus les mousses à raser et les after-shave parfumés par un accord « fougère ».

Pour parfumer les hommes, les fougères viriles règneront en maître dans la deuxième partie du vingtième siècle, et certaines deviendront de véritables phénomènes commerciaux. On citera : Brut de Fabergé (1964) devenu depuis un pilier d'étagère de supérette ; Pour Homme d'Yves Saint Laurent (1971), Paco Rabanne pour Homme (1973), Azzaro pour Homme (1978), Drakkar Noir de Guy Laroche (1982). Pour celles et ceux qui ont fréquenté les boites de nuit à l'époque du disco, impossible d'avoir échappé à l'une ou l'autre de ces fragrances portée par un émule de John Travolta.

Durant les années 1990, les fougères masculines prennent une nouvelle orientation : on garde l'accord « mousse à raser » viril et rassurant et on l'accompagne d'une facette douce, orientale très musquée et poudrée. Il s'agit peut-être de la traduction parfumée du poncif du séducteur à la fois tendre et viril. Ce type de composition donnera naissance au best-seller du rayon homme de la dernière décennie : Le Mâle de Jean-Paul Gautier (1995). Dans le genre, on peut évoquer Minotaure de Paloma Picasso (1992) le précurseur ; ou Jaïpur Homme de Boucheron (1998).

Dans les années 2000, il faut avouer que le style des fougères viriles des années 1970/80 s'est un peu démodé ; cependant quelques masculins récents se revendiquent de cette lignée. Par exemple, Narcisso Rodriguez for Him (2007) se présente comme « revisitant avec modernité la tradition de l'accord fougère » ; ou Roadster de Cartier (2008) qui se veut une « fougère minérale ».

Ma fougère orientale

Je vous propose ici une composition qui s'inspire du style des fougères orientales des années 1990, c'est-à-dire plutôt poudrée-coumarinée-vanillée. On y retrouve les ingrédients de base de la famille fougère à l'exception de la mousse de chêne.

La construction peut être analysé de la façon suivante :

Une « brique » aromatique fougère qui intervient plutôt en tête : menthe, lavandin, bergamote, basilic, cardamome et dihydromyrcenol.

Une « brique » florale, simple, synthétique et plutôt abstraite : hédione (jasmin aérien), lyral (tilleul bulldozer) et anthranilate de méthyle qui tire le tout vers une impression de fleur d'oranger.

Une « brique » poudrée et douce : coumarine, vanilline, alcool cinnamique.

Et en complément, des muscs (galaxolide, exaltolide) et du cedryl-methyl-ether qui apporte une touche boisée sèche et ambrée.

La formule

Menthe verte HE (mentha spicata) : 2

Lavandin HE : 6

Dihydromyrcenol : 2

Bergamote HE : 4

Basilic HE ( ocimum basilicum CT methyl chavicol) : 1

Cardamome HE @20% : 2

Hedione : 10

Lyral : 2

Anthranilate de méthyle @20% : 1

Coumarine @25% : 10

Vanilline @50% : 10

Alcool cinnamique @50% : 4

Cedryl Methyl Ether : 2

Galaxolide @50% : 5

Exaltolide @50% : 5


Les indications de quantité peuvent être prises comme des gouttes ( Bergamote HE : 4 signifie 4 gouttes d'huile essentielle de bergamote). L'indication @20% signifie que la matière est diluée au pourcentage indiqué dans de l'alcool à 90%. Après avoir composé le mélange, on ajoutera 7ml d'alcool à 90° de pharmacie pour avoir un échantillon prêt à utiliser. La formule peut être prise comme une formule en ratio.

Et pour terminer, un clip musical pour illustrer à mon idée cette composition.