dimanche 26 juillet 2009

Le fabuleux destin d'un flacon de parfum




8.913.000 euros, c'est à ce prix que fut adjugé un flacon de parfum, vide de surcroît, lors de la ventes aux enchères de la collection Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé en février 2009. Un flacon très spécial, on s'en doute...

L'histoire commence en 1914 alors que le parfumeur Henri Rigaud devient pleinement propriétaire de la maison Rigaud créée par son père Jean-Baptiste dans les années 1850. Pour célébrer cet événement, la marque parisienne lance le parfum « Un air embaumé ». Ce parfum, un féminin floral oriental, est proposé dans un flacon Lalique enchâssé dans un curieux coffret en forme de cercueil. « Un air embaumé » rencontre un franc succès et devient le best-seller de la marque, il était encore en production à la fin des années 1960. La maison Rigaud existe toujours à l'heure actuelle, mais elle est désormais spécialisée dans les bougies parfumées et des parfums d'ambiance.


C'est un flacon de cet « Air embaumé » qui connaîtra un fabuleux destin en croisant la route de Marcel Duchamp. Le franco-américain, qui fait parti de ces artistes qui ont bousculé l'art dans sa conception même, se serait procuré un flacon lors d'un passage à Paris en 1919.

Le concept le plus fameux du travail de Duchamp est le « ready-made » : un objet manufacturé quelconque, propulsé au rang d'objet d'art par la seule volonté de l'artiste. Un flacon de « Un Air Embaumé » deviendra donc un ready-made de Duchamp daté de 1921. A vrai dire, il s'agit d'un « ready-made assisté », comme disent les spécialistes, c'est-à-dire légèrement modifié par l'artiste. Avec la complicité de Man Ray, Duchamp concocte une nouvelle étiquette pour le flacon et son étui, et nous propose donc une « Eau de Voilette » dénommée « Belle Haleine » (le goût de Duchamp pour les jeux de mots potaches). L'étiquette est ornée du portrait de Rrose Sélavy, clone féminin de Marcel Duchamp ; c'est d'ailleurs Rrose qui signe l'œuvre.


C'est donc cette œuvre de Marcel Duchamp qui entra dans la collection Saint Laurent et Bergé en 1990 et qui en sorti en février 2009.


D'après des indications trouvées sur un forum, voici une description de « Un air embaumé » de Rigaud :

Tête : notes herbacées, amères, sucrées ;

Coeur : bouquet floral, notes poudrées crémeuses amandées ;

Fond : musc animal, ambre chaud.

samedi 18 juillet 2009

Solaire et exotique



Ahhh, l'été, le soleil, la plage, le sable chaud, les peaux bronzées et « Sea Sex and Sun » de Gainsbourg qui tourne en boucle sur l'I-pod !

Il existe dans la parfumerie une petite famille, un peu marginale, que j'appellerai la famille « exotique solaire » (qui par ailleurs n'existe pas en tant que telle dans la classification « officielle » de la Société Française des Parfumeurs). Cette famille utilise la panoplie des senteurs évocatrices des mers du sud, de rivages lointains et exotiques : ylang-ylang, tiaré (monoï), frangipanier, noix de coco, vanille. Et comme par hasard, les produits de l'univers du bronzage (crème solaire, auto bronzant...) sont généralement parfumés avec ce registre de senteurs. Il existe même une marque de parfums spécialisée dans le genre, je pense à Comptoir Sud Pacifique.

Et pourquoi ne pas tenter un exercice de style dans ce genre ?

Sortons l'artillerie lourde : l'accord exotique Ylang/Coco, l'accord sensuel (et non moins exotique) Santal/Vanille, une bonne rasade de salicylate de benzyle pour la touche « ambre solaire », le tout rafraichi par cette bonne vieille bergamote qui n'est pas étrangère non plus à l'univers des produits de bronzage.


Et c'est parti pour une formule de saison...


La formule :

Bergamote HE : 8

Tagète HE @20% : 2

Citronellol : 1

Acétate de benzyle @20% : 3

Salicylate de benzyle : 4

Ylang ylang III HE : 5

Methyl laitone @10% : 2

Vanille oléorésine @20% : 10

Vanilline @50% : 8

Santal jaune HE (santalum austrocaledonicum) : 4

Sandalmysore core : 1


Les indications de quantité peuvent être prises comme des gouttes ( Bergamote HE : 8 signifie 8 gouttes d'huile essentielle de bergamote). Après avoir composé le mélange, on ajoute 5ml d'alcool à 90° de pharmacie pour avoir un échantillon prêt à utiliser. La formule peut être prise comme une formule en ratio.

Une précision à propos de l'oléorésine de vanille. Je mélange cette oléorésine à de l'alcool à 90°avec une proportion de 1 pour 4 (donc 20%) et je passe le tout au bain-marie. Cependant, l'oléorésine de vanille dont je dispose n'est pas entièrement soluble dans l'alcool à 90°, seule une fraction du produit passe dans l'alcool. J'ai donc affaire plutôt à une teinture alcoolique d'oléorésine qu'à une dilution. Il en résulte que cette « teinture » à une intensité olfactive plutôt faible et qu'il vaut mieux la laisser macérer quelques semaines avant utilisation.


A noter que le simple accord bergamote/salicylate de benzyle (dans une proportion autour de 3 pour 1) m'évoque irrésistiblement un parfum d'ambre solaire un peu vintage : Saint-Tropez, Brigitte Bardot, la Madrague....

Pour le fun, une petite description pyramidale dans un style commercial :

Notes de tête
Bergamote de Côte d'Ivoire, Note liqueur de banane

Notes de cœur
Ylang de Madagascar , Noix de Coco, Notes solaires

Notes de fond
Santal de Nouvelle-Calédonie, Vanille de Madagascar

mercredi 15 juillet 2009

Pline, le luxe et le parfum



Je vous livre une réflexion sur le parfum et le luxe qui date de presque 2000 ans. En effet, son auteur est Pline l'Ancien, dans le livre XIII de son Histoire Naturelle.

« Les parfums sont l'objet d'un luxe le plus inutile de tous. En effet, les perles et les pierres précieuses passent à l'héritier, les étoffes durent un certain temps; mais les parfums exhalent immédiatement l'odeur; et l'heure où on les porte les a dissipés. Ils sont parfaits, quand, une femme passant, l'odeur qu'elle répand attire même ceux qui sont occupés à autre chose. Ils se vendent plus de 40 deniers la livre. Voilà ce que coûte le plaisir d'autrui ; car celui qui porte une odeur ne la sent pas lui-même. »

J'ai été frappé par quelques éléments de modernité qui se dégagent de ce texte antique.

Lorsque l'on a, comme moi, une connaissance assez superficielle de l'histoire du parfum ; on s'imagine que dans les temps antiques, les parfums avaient surtout une dimension sacrée, qu'ils étaient utilisés à l'occasion de rituels religieux ou magiques (les rois mages, leur or, leur myrrhe et leur encens sont passés par là). Et que nous dit Pline : que les parfums sont parfaits pour une femme lorsqu'il s'agit d'attirer l'attention d'autrui. C'est ce que doit penser beaucoup de nos contemporaines lorsqu'elles cassent leur tirelire chez Séphora !

Dans sa réflexion sur les parfums et le luxe, Pline met en parallèle les perles et les pierres précieuses, les étoffes et les parfums. Attendez, n'y-a-t-il pas ici les piliers du luxe de tradition à la française ? En plus du domaine du parfum, les perles et les pierres évoquent la joaillerie (auquel on ajouterai aujourd'hui l'horlogerie de luxe) ; les étoffes évoquent l'univers de la haute couture et de ses accessoires. Nous voilà avec trois piliers, auquel il faudrait ajouter aujourd'hui un quatrième avec les vins fins et les spiritueux. Le Comité Colbert est au grand complet (ou presque). Il semblerai donc que la conception du luxe dans ses objets matériels n'ait pas énormément évolué depuis 2000 ans.

Quand à la signification même de la réflexion de Pline, on pourrait y voir une sorte de bon sens obtus, teinté de pingrerie, que ne renierai pas notre Guy Roux national (ou plutôt sa caricature). Mais il s'agit sans doute de l'expression de la morale stoïcienne de l'auteur, voyant dans l'artifice et les passions des formes de perversion.



lundi 13 juillet 2009

Cologne enfantine



Je vous propose une petite eau de toilette dans un esprit cologne hespéridée, avec une note néroli/fleur d'oranger en vedette, sur un lit de muscs blancs. Une formule simple mais efficace qui joue dans le registre du « sent-bon » enfantin (du moins dans la culture française)


La formule :


Litsée citronnée HE : 1

Petitgrain bigarade HE : 5

Orange douce HE : 4

Bergamote HE : 5

Bois de Hô HE : 1

Dihydromyrcenol : 1

Anthranilate de méthyle @20% : 1

Hédione : 5

Exaltolide @50% : 4

Galaxolide @50% : 3

( HE signifie Huile Essentielle)



Quelques précisions sur la formule :

Les indications de quantité peuvent être prises comme des gouttes ( Bergamote HE : 5 signifie 5 gouttes d'huile essentielle de bergamote). Après avoir composé le mélange, on ajoute 5ml d'alcool à 90° de pharmacie pour avoir un échantillon prêt à utiliser. Cela donne une concentration de l'ordre de 15% donc plutôt « eau de toilette ».

Sinon cette formule peut être prise comme une formule en ratio.

L'indication @20% signifie que la matière a été dilué selon le pourcentage indiqué dans de l'alcool à 90° de pharmacie. (sauf pour le Galaxolide qui est fourni déjà dilué à 50% dans du diethyl phtalate).


La senteur :

C'est un parfum d'eau de Cologne plus florale que zestée, donc douce, autour d'une note néroli/fleur d'oranger. C'est là que vous allez me dire qu'il n'y a pas de néroli dans la formule. L'essence de néroli, c'est bien beau, mais au niveau du coût, c'est du caviar liquide ! Donc, comme dans beaucoup d'eaux de Cologne du commerce, en particulier les moins onéreuses, le néroli est reproduit dans cette formule. Les principaux acteurs de cette reproduction sont le petitgrain bigarade, le bois de hô (du linalol à plus de 95%) et l'anthranilate de méthyle.

La senteur m'évoque le propre, les enfants sortant du bain, l'odeur de la salle de bain d'une famille nombreuse. Elle est mixte, voire asexué. Bien sûr, je l'ai porté pour la tester, et je dois dire, même si l'on est éloigné du registre viril, qu'il est agréable et un peu cocasse de se sentir comme un bambin propre et coquet !

Il faut tout de même préciser que cette eau de toilette reste très conventionnelle dans son genre, bien linéaire et pas originale pour deux sous : un bon exercice de style en somme.

( Photo : salle de bain d'officier du navire Buffel, Rotterdam)



dimanche 12 juillet 2009

Premier message !



Depuis quelques mois, je me suis lancé dans un loisir créatif absolument passionnant : la création de parfums !


J'inaugure donc ce blog pour communiquer et échanger sur ce sujet.


Il faut dire que je me sens assez isolé en tant que parfumeur du dimanche. Il semblerai que ce loisir soit assez peu répandu en France ou sur les territoires francophones ; ce qui est paradoxal, la France étant LE pays du parfum !

Il existe une communauté anglophone de hobby perfumers qui échangent sur le net, peut-être que les anglo-saxons ont une approche plus « do it yourself » en matière de parfumerie que mes compatriotes. En tout cas, si des parfumeurs du dimanche passent par ici qu'ils n'hésitent pas à se manifester !

Dans ce blog, je compte communiquer sur mes « expérimentations » en parfumerie, sur les matières premières odorantes et sur mes expériences et sensations olfactives de la vie courante et tout autres sujets en relation avec l'univers des senteurs. En revanche je ne pense pas me lancer dans la « review » (ou la critique) de parfums commerciaux ; il y a déjà de nombreux blogs qui le font avec beaucoup de talent et de passion.


En guise de conclusion, une petite explication à propos le titre de ce blog « Coumarine & Petitgrain ».

La coumarine est une matière première odorante de synthèse, son odeur est douce, elle peut rappeler le parfum du foin coupé, du tabac blond avec un aspect amandé. La coumarine est le principe odorant de la fève tonka, fruit d'un arbre sud-américain au nom vernaculaire de « Kumaru ». Cette matière est entrée dans l'histoire de la parfumerie avec la composition Fougère Royale de la maison Houbigant en 1882, et un peu plus tard avec Jicky de Guerlain (1889). Elle est depuis largement utilisée dans la composition des parfums commerciaux.

Petitgrain désigne l'huile essentielle tirée de la distillation à la vapeur des feuilles et petits branchages de différentes espèces d'arbres à agrume. C'est le petitgrain bigarade, provenant du bigaradier (citrus aurantium) qui est le plus connu. Mais il existe également des petitgrains citronnier, clémentinier, mandarinier, etc. Le nom viendrait du fait que les producteurs avaient l'habitude de distiller les branches avec les fruits à peine formés, semblables à des « petits grains ».

J'ai choisi le nom de ses deux produits pour le titre de mon blog pour la bonne raison que je trouve qu'ils sonnent bien, ils ont une phonétique sympathique. Ce pourrait être les noms des héros d'un ouvrage de littérature enfantine : « Les aventures extraordinaires de Coumarine et Petitgrain ».


Bienvenue sur Coumarine & Petitgrain !