dimanche 27 septembre 2009

Teintures alcooliques


Le principe de la teinture alcoolique est simple : il suffit de faire macérer un matériau odorant dans de l'alcool éthylique durant un temps suffisant pour que l'alcool capture l'odeur du matériau en question. Les teintures ont été des matières importantes dans la parfumerie pré-moderne, jusqu'au début de vingtième siècle, par exemple la teinture de musc tonkin et la teinture d'ambre gris.

A la recherche de matières premières parfumées, j'ai fait quelques expériences de teintures alcooliques, avec de la vanille, des fèves tonka, de la poudre d'iris et des graines d'ambrette. Ces teintures ont toute plus de 6 mois, sauf celle de graines d'ambrette qui a 3 mois. Je vous livre quelques commentaires de ces expérimentations.


Teinture de gousse de vanille

Une demi-gousse de vanille (environ 1,5 gramme), coupée en petit tronçons, pour 10 ml d'alcool à 90°. (la gousse utilisée est de la vanille bourbon 1er choix)

La teinture a une couleur ambrée foncée ; sur touche, elle a bien l'odeur de la gousse de vanille, bien gourmande, mais avec une facette animale assez surprenante. J' ai appris sur le blog de Sylvaine Delacourte ( http://espritdeparfum.com/accueil/ ) que la maison Guerlain utilise la teinture de vanille (enrichie par de la vanilline) pour la fameuse « guerlinade » de ses parfums classiques.



Teinture de poudre de racine d'iris

Trois grammes de poudre d'iris (une cuillère à café) pour 10 ml d'alcool à 90°

Une personne a qui je faisais sentir cette teinture m'avais dit « c'est du curry ! ». Je n'avais pas fait cette analogie olfactive entre la teinture d'iris et le célèbre mélange d'épices, mais elle est finalement pertinente. Pour ma part, je trouve dans cette teinture un coté bâton de réglisse mêlé de violette. Donc le profil sera : bâton de réglisse, curry, violette.

Je l'ai comparé sur touche avec une dilution à 20% d'absolue d'iris palida, les senteurs sont tout de même différentes. L'absolue possède une effet « carotte » en tête, qui est absent de la teinture, l'absolue est plus florale, plus poudrée, plus complexe et moins brute que la teinture. Je dirais que l'on retrouve la teinture est dans l'absolue, mais pas l'inverse. Une chose qui m'a surpris, c'est que la teinture est bien plus tenace que l'absolue à 20%. J'ai d'ailleurs conservé une touche de cette teinture qui date d'avril dernier, et il reste une très légère odeur, mince mais perceptible.


Teinture de fèves tonka

Deux fèves tonka (3 à 4 grammes) râpées pour 10 ml d'alcool à 90°


J'ai comparé cette teinture avec une dilution à 10% d'absolue de fève tonka (toujours sur mouillette) : l'identité olfactives des deux produits est similaires à mon nez ; sauf que la dilution d'absolue possède plus d'intensité. Je reprendrais donc les descriptifs classiques de la fève tonka en parfumerie : doux, chaud, foin, tabac, amandé, caramel.


Teinture de graines d'ambrette

Environ 8 grammes de graines d'ambrette concassées pour 10 ml d'alcool à 90°.


La teinture a une couleur jaune-vert pale, j'y sens du fruité (poire), une facette du chocolat (pas l'arôme de chocolat lui-même, mais l'une de ses facettes, je ne saurais trop la décrire), du floral, le tout s'évanouissant sur un fond qui évoque un musc blanc. Malheureusement, tout cela est très ténu, il faut vraiment tendre le nez, et trois heures après avoir imbibé la mouillette, il ne reste plus rien (sauf anosmie de ma part).


Pour terminer une composition volontairement simpliste à base de teintures :


Teinture de gousse de vanille : 3 grammes

Teinture de fèves tonka : 0,5 grammes

Teinture de poudre d'iris : 8 gouttes

Huile essentielle de bergamote : 8 gouttes

(Pas de solvant à ajouter, c'est prêt, mais on peut attendre une maturation )


Cela donne une espèce d'ectoplasme de Shalimar, léger mais pas antipathique.



( Illustration : fleur de l'hibiscus Hibiscus Abelmoschus, qui produit les graines d'ambrette. source http://www.fleurdestropiques.net )

dimanche 20 septembre 2009

Ylang Ylang Patchouli


Je vous propose une composition dans un style floral/boisé, avec un concept bi-matière : la fleur c'est l'ylang-ylang et le bois c'est le patchouli.

La formule :

Ylang Ylang III HE : 10
Acétate de benzyle@20% : 6
Salicylate de benzyle : 3
Lyral : 3
Dihydrojasmone@20% : 2
Bois de hô : 2
Methyl laitone@10% : 4
Patchouli HE : 5
Piconia : 4
Ethylène brassylate (aka musc T) : 6
Civette (reproduction) @5% : 1
Cumin HE@10% : 1

Quelques précisions sur la formule : Les indications de quantité peuvent être prises comme des gouttes ( Ylang Ylang III HE : 10 signifie 10 gouttes d'huile essentielle d'ylang ylang III). Après avoir composé le mélange, on ajoute 4 à 5 ml d'alcool à 90° de pharmacie pour avoir un échantillon prêt à utiliser. L'indication @20% signifie que la matière a été dilué selon le pourcentage indiqué dans de l'alcool à 90° de pharmacie.

Commentaires sur la composition :

Notes Ylang Ylang
L'huile essentielle III d'ylang ylang utilisée est une fraction « lourde » (et bon marché) de la distillation de la fleur, je l'ai donc complété avec de l'acétate de benzyle, naturellement présent dans les fractions plus légères d'HE d'ylang (ylang extra). L'acétate de benzyle a une odeur montante qui se situe entre le vernis à ongle et la liqueur de banane.
J'ai aussi ajouté du salicylate de benzyle (également présent naturellement dans l'HE d'ylang), qui fait parti de ces « notes solaires » qui évoquent la crème solaire et les fleurs exotiques (ou le sable chaud pour certains)

Notes florales complémentaires
Le Lyral, qui peut rappeler les fleurs de tilleul ou le muguet ; c'est synthétique, c'est tenace, c'est linéaire, c'est sans surprise.
Le dihydrojasmone : c'est plutôt une note florale verte, destinée ici à apporter un soupçon de verdeur à l'ensemble. En elle même, l'odeur de cette matière me rappelle celle du céleri en branche.
Le bois de hô : autant dire du linalool.

Notes patchouli
Bien sûr représenté par l'HE de patchouli, épaulée par du Piconia ( ou Isolongifolanone ), un bois synthétique qui a un caractère « patchoulesque » un poil ambré.

Notes complémentaires
Le methyl laitone, qui joue un rôle d'adoucissant, d'« arrondisseur » (un peu à la manière de la coumarine dans d'autres compositions) ; cette matière possède des facettes crémeuses, lactées, avec une petite odeur de noix de coco.
Les notes « sales » à dose homéopathique, pour relever un peu la sauce : le cumin et la civette.
Le rôle du musc est joué par l'éthylène brassylate (ou musc T).

La fragrance :

Il ne faut pas être rebuté par la sensualité florale, capiteuse, mais quelque peu animale (voire médicinale) du parfum de l'ylang ylang qui domine évidemment la composition. Le patchouli reste plus discret, mais il est tout de même présent. Je suis un peu déçu pour la tenue, je m'attendais à mieux : le parfum ne s'évanouit pas, mais il tombe un peu vite sur son fond boisé/musqué. A retravailler sans doute...


(Illustration : Miss Ylang Ylang (par Pierre Joubert), personnage de « méchante »,ennemie jurée de Bob Morane dans les romans d'Henri Vernes. Elle se distingue par le fort sillage d'ylang ylang qui l'accompagne.)

dimanche 13 septembre 2009

Allons voir si la rose...

Au printemps dernier, j'étais allé faire une petite promenade au parc de la Tête d'Or à Lyon. J'avais l'intention de rendre visite aux roses et de humer leurs parfums.

En effet, le parc de la Tête d'Or ne compte pas une roseraie, ni deux roseraies, mais trois roseraies !

Il y a la roseraie du jardin botanique qui présente les espèces sauvages de roses, les roses historiques et anciennes. C'est là que l'on peut trouver quelques variétés de rosa centifolia, la fameuse rose des parfumeurs. Ce jour-là, j'avais zappé le jardin botanique et sa roseraie, il faudra que j'y retourne au printemps prochain.

La deuxième roseraie est la roseraie de concours. C'est une exposition de roses d'obtention récente, pas encore commercialisées, qui se disputent le titre de « plus belle rose de France » lors d'un concours organisé en ce lieu depuis 1931. J'avais parcouru cette petite roseraie, mais aucun parfum n'avait attiré mon attention. Pourtant, il me semble que le parfum fait partie des critères lors des concours de roses, mais il s'agit sans doute d'un critère secondaire.

Enfin, il y a la roseraie internationale, la plus imposante, où les roses sont présentées en massifs disséminés dans cinq hectares de jardin paysager. Cette roseraie compte autour de 360 variétés de rosiers ce qui représente près de 30.000 plants ; je vous laisse imaginer le nombre de fleurs en pleine saison.

Je ne me suis pas amusé à renifler les 360 sortes de roses de ce jardin, mais c'est là que trois parfums ont retenu mon attention olfactive.

Premier parfum : très citronné, presque acidulé (effluves de citronellol ?), avec une facette plus douce qui m'évoque... la banane. C'est presque un arôme de bonbon fantaisie que dégage cette grande rose jaune qui se nomme « Vendée-Globe ».

Un peu plus loin, encore du fruité-floral, plus gourmand cette fois-ci. Pêche et melon pour le fruitée, mais aussi des facettes pâtissières : un peu farine, un peu amandée (frangipane ?), et j'ai aussi une impression de Grand Marnier. Cette fleur d'une robe rose pale relevé d'orangé s'appelle « Paul Bocuse ». Amusant, j'ai trouvé des accents pâtissiers dans une rose qui porte le nom d'un cuisinier.

Une autre senteur, c'est le cocktail multifruit multivitaminé du petit-déjeuner, c'est frappant ! De l'orange, de l'abricot, du fruit de la passion, un soupçon d'ananas, on en boirait. Cette rose s'appelle « Line Renaud », et j'ai découvert qu'elle avait remporté treize récompenses internationales dont un 1er prix du parfum (cela existe donc pour les roses !) et le Grand Prix de la Rose de la Société Nationale d'Horticulture de France. C'est d'ailleurs sur le site internet de cette SNHF que j'ai lu que certains aspects du parfum de cette rose pouvait être comparés à In Love Again d'Yves Saint Laurent.


Moralité de la balade : le fruité-floral n'est pas uniquement un concept de parfumerie.


samedi 5 septembre 2009

Extension de palette..

Je viens de recevoir trois matières premières naturelles qui viennent enrichir ma palette. Jetons-y un coup de nez.

Huile essentielle de baies roses (schinus molle), origine Pérou.

Une matière « à effets spéciaux » prisée par les parfumeurs, employée pour apporter un éclat épicé, frais et fusant dans les notes de tête d'une composition. De nombreux parfums l'utilise, comme Si Lolita de Lolita Lempicka, lancé il y a quelques semaines.

Mes impressions olfactives : démarrage en fanfare, du poivre, du fruité agrumes, du résineux qui se bousculent. Le poivre file rapidement en quelques secondes (comme d'habitude), laissant la vedette à la facette fruitée fraîche sur un arrière-plan tendance « suc des Vosges ». Cette essence laisse un fond ténu de bois léger.



Huile essentielle de cypriol, également appelé nagarmotha (cyperus scariosus), origine Inde.

A l'instar du vétiver, ce sont les racines de cette variété de papyrus qui sont distillées pour en tirer une essence odorante. Quelques parfums revendiquent une note cypriol dans leur pyramide : c'est le cas de Xeryus de Givenchy (1986),Tom Ford for Men (2007), Magnifique de Lancôme (2008). Le cypriol serait également utilisé pour reproduire à bon compte (sans doute avec d'autres matières) un effet « bois de oud », ce bois oriental précieux qui a ses aficionados.

Mes impressions olfactives : boisé, terreux, légumes cuits, un peu fumé, comme une hybridation de patchouli et de vétiver, avec un coté vieux fromage. Tenace.

Une matière intéressante, qui pourrait effectivement tenir les rôles habituellement dévolus au vétiver ou au patchouli, mais en apportant sa propre personnalité.



Absolue de jasmin ( jasminum grandiflorum), origine Inde.

Doit-on encore présenter la mythique reine des fleurs et son usage incontournable en parfumerie ?

Mes impressions olfactives : l'absolue de jasmin, ça reste magique ! J'ai particulièrement remarqué la facette verte poudrée de ce jasmin indien.


J'ai remarqué que lorsque je reçois de nouvelles matières, je m'empresse souvent de les mettre à toutes les sauces dans mes petites compositions, l'attrait de la nouveauté sans doute. En tout cas, ces trois là ont vraiment des sources d'inspiration.