dimanche 22 novembre 2009

Échanges et impressions.



A la suite de mon article sur mes expériences de teintures, j'avais fait un petit échange postal avec un lecteur de ce blog, Roberto de Trévise en Italie. Il m'avait envoyé des échantillons de ses teintures et, en retour, je lui avais adressé des échantillons de mes composition parfumées pour lesquelles j'avais fait un article sur ce blog.

J'avais étiqueté les flacons à échantillons avec mes numéros de formule. Voici donc les impressions de Roberto, qu'il m'a autorisé à reproduire ici. (je ne les ai pas traduite, elles sont en anglais).

« So, i took the fragrances numbers and went directly to smell them without going to the blog to read again where they come from...a kind of blind examination...so i go just into my impressions without thinking the raw materials...
so, here we go:

217: i can see a yellow sun in front of me...so yellow and sparkling..a little balsamic and fresh...after a while still sparkling but sweetie...clear and shaped drydown

186: opening with a clean erbaceous note, fresh and sweet, green that suddenly become somehow a candy minty note..

166: soapy green note...imperial...then green leaves that become more and
more green...on my skin become somethiung between a strong lemon and petitgrain (a note that i love)...

223: reesin like, remind me of the mirra note with this liquorice that permeate the smell..after a while smootley goes from bitter into a sweet aspect ...meditative note..

226:the almonds are around me...very sweet, tasty, yummy...soapy warm bubble
bath...(here the benzaldehyde tend to dominate from the beginning)

185: flowery aromatic, somehow narcotic and heavy...mysterious but present woman in front of me..

my favourite 217, 186 and 166 »

Je vous donne tout de même les correspondances entre les numéros de formule et les articles du blog :

217 Ylang Patchouli
186 Fougère orientale
166 Cologne enfantine
223 Teintures alcooliques
226 Par ici la bonne galette
185 Solaire et Exotique

(Source illustration : photo-libre.fr)

lundi 9 novembre 2009

Le printemps en novembre


L'automne est maintenant bien avancé, les jours diminuent, les frimas arrivent, la grisaille s'installe. Quels types de senteur vous invoque cette saison ? L'odeur des feuilles mortes humides, l'humus, les champignons, les mousses et les lichens...

Que diriez-vous d'un arbre fruitier faisant de la résistance à cette ambiance automnale, certes sympathique, mais porteuse d'une certaine mélancolie ? Un arbre qui, à l'heure où ses congénères se déplument et se préparent au repos hivernal, éclate dans une floraison qui répand un subtil parfum printanier en plein mois de novembre.

Cet arbre est le néflier du Japon ( Eriobotrya japonica ) ou bibacier. Certes, comme son nom l'indique, ce néflier n'est pas « bien de chez nous » mais originaire d'extrême-orient ; il est cependant cultivé dans nos contrées soit comme arbre d'ornement, soit comme arbre fruitier lorsque le climat le permet.

C'est un arbre de taille moyenne au feuillage persistant. Ses feuilles coriaces sont d'un vert foncé lustré coté face, et d'un gris vert duveteux avec des nervures rousses coté pile. Les feuilles sont disposées en étoile autour des branches. Bien sûr, il produit des fruits, les bibaces ou nèfles du Japon, qui arrivent à maturité au début de l'été. La chair du fruit est juteuse, sucrée, acidulée, très rafraîchissante. Malheureusement, la bibace, bien que délicieuse, n'est guère « commerciale », car elle présente le désavantage, pour notre époque, de mal supporter le transport.

Mais ce qui nous intéresse en cette saison, c'est la floraison. Les petites fleurs sont de couleur crème, groupées en grappes érigées sur des tiges d'aspect laineux. Lorsque quelques rayons de soleil automnal réchauffent un peu l'atmosphère, le néflier en fleurs va embaumer d'un doux parfum la parcelle de jardin où il est planté. C'est l'occasion pour les insectes butineurs de se livrer à leur dernier festin avant la disette et la léthargie hivernale.

Venons-en à ce parfum : je le qualifierai de floral gourmand. Pour le coté gourmand, c'est une facette à la fois amandée et miellée, tirant presque sur le vanillé. Le coté floral évoque un mimosa avec des accents verts. Le tout est doux, presque sucré, et pourrait évoquer une viennoiserie généreusement tartinée de miel d'acacia.

J'ai lu que dans les années 1950, un essai d'extraction d'une absolue de fleurs de néflier du Japon avait été tenté, mais le rendement s'est avéré décevant. Il est certainement possible de reconstituer le parfum du néflier en fleurs ( absolu de mimosa, héliotropine, aldéhyde anisique ,peut-être une pointe d'alcool cinnamique et de vanilline ?). Pourtant, à ma connaissance, la note « Fleur de Néflier » n'est pas exploitée dans la parfumerie commerciale, pourtant toujours à la recherche de nouveauté pour se distinguer.

Si le néflier du Japon n'a pas de chance avec la parfumerie, il en est autrement avec la cosmétique. En effet, on a trouvé des vertus anti-rides et liftantes à des substances extraites de ses feuilles. La mention « Eriobotrya japonica extract » fleuri donc sur les étiquettes de ces petits pots de crème hors de prix.

(Illustration : Néflier du Japon en fleurs, source http://commons.wikimedia.org)

dimanche 1 novembre 2009

Myrte rouge et cyprès bleu


J'avais envie de me livrer à un petit exercice d' « habillage » de matières. J'ai choisi deux matières naturelles, les huiles essentielles de myrte et de cyprès bleu. Ces deux essences, dotées d'une personnalité olfactives certaines, peuvent être évocatrices de senteurs de maquis méditerranéen, de plantes aromatiques, de résines chauffées par le soleil, dans ces iles qui auraient pu être visitées par Ulysse lors de son Odyssée.
Après quelques essais, j'ai arrêté la formule suivante, sur un thème aromatique frais boisé, plutôt masculin, avec une structure d'inspiration « fougère », mais sans lavande.


La formule

Citron HE : 5
Bergamote HE : 6
Myrte rouge HE : 4
Bois de Hô HE : 2
Dihydromyrcénol : 3
Anthranilate de méthyle @5% : 1
Hédione : 15
Salicylate de benzyle : 3
Méthylionone : 2
Coumarine @25% : 16
Cyprès bleu HE : 4
Bois de gaïac HE@50% : 15
Kephalis : 8
Mousse de chêne absolue @10% : 15

Les indications de quantité peuvent être prises comme des gouttes ( Bergamote HE : 6 signifie 6 gouttes d'huile essentielle de bergamote). Après avoir composé le mélange, on ajoute 5ml d'alcool à 90° de pharmacie pour avoir un échantillon.

Les matières vedettes


Myrte rouge (Myrtus Communis)
La myrte est un arbrisseau buissonnant aromatique du maquis méditerranéen. La mythologie grecque avait consacré la myrte à Aphrodite et à l'amour ; la couronne de myrte récompensait les triomphes militaires secondaires (la médaille d'argent de la couronne de laurier en quelque sorte) ou la virtuosité en matière de poésie amoureuse.
La myrte produit des baies d'une couleur violette sombre utilisées comme épice ou pour la fabrication d'une liqueur populaire en Corse et en Sardaigne. Si les deux espèces végétales sont éloignées d'un point de vue botanique, la myrtille dérive étymologiquement de la myrte du fait de la similarité d'aspect de leurs baies.
L'huile essentielle de myrte possède des facettes fraiche médicinale camphrée (cineole), térébenthine (alpha pinène), citrus (limonène, alpha terpinéol) et herbacée (acétate de myrtényle). L'ensemble pourrait presque faire penser à une version naturelle et légère de l'aldéhyde C12 laurique.

Cyprès bleu (callitris intratropica )
Le cyprès que j'ai utilisé ici est loin d'être méditerranéen, puisqu'il est australien
Le profil olfactif de l'huile essentielle de callitris intratropica est intriguant à bien des égards J'y trouve des aspects d'encre d'imprimerie, mêlés d'une curieuse facette pseudo-menthée, sur un fond qui tend vers des accents boisés (cèdre) et herbacés (camomille).
Renseignements pris, cette HE comporte principalement des isomères de l'eudesmol (alpha, béta et gamma) que l'on retrouve dans les HE d'amyris et d'hinoki ; du guaiol, présent aussi dans le bois de gaïac et utilisé dans les accords rose-thé ; ainsi que du chamazulène et gaiazulène qui donne à cette essence une remarquable couleur bleue indigo. L'HE de callitris intratropica ne contient pas d'alpha-pinène qui est pourtant le composant principal du traditionnel cyprès commun européen (Cupressus sempervirens).

Dans la composition, la myrte intervient plutôt en note de tête, alors que le cyprès bleu australien est en note de cœur/fond.

Les autres matières

En tête, la myrte est accompagnée d'un accord hespéridé citronné frais (citron, bergamote, DHM) avec une légère pointe cologne néroli (anthranilate de méthyle).
Le cyprès bleu est soutenu par des bois, le gaïac qui lui est proche par certains aspects et le Képhalis, un bois synthétique qui dispose d'une physionomie ambré/tabac. La coumarine et la mousse de chêne sont là pour la structure « fougère » ; on retrouve également la fée Hédione et sa baguette magique. J'ai également ajouté du salicylate de benzyle (note solaire/fleurs exotiques, très tenace) qui peut paraître déplacé dans le contexte, mais après quelques essais, je trouve qu'il a sa place dans le tableau (peut-être la plage en contrebas du maquis ?).

Au final, les identités de la myrte et du cyprès bleu australien sont bien préservées dans la composition, même si à la seule lecture de la formule, ils apparaissent comme minoritaires.

(Illustration : Circe offering the cup to Ulysses, toile de J.W. Waterhouse, source : reproductionart.com)