dimanche 1 novembre 2009

Myrte rouge et cyprès bleu


J'avais envie de me livrer à un petit exercice d' « habillage » de matières. J'ai choisi deux matières naturelles, les huiles essentielles de myrte et de cyprès bleu. Ces deux essences, dotées d'une personnalité olfactives certaines, peuvent être évocatrices de senteurs de maquis méditerranéen, de plantes aromatiques, de résines chauffées par le soleil, dans ces iles qui auraient pu être visitées par Ulysse lors de son Odyssée.
Après quelques essais, j'ai arrêté la formule suivante, sur un thème aromatique frais boisé, plutôt masculin, avec une structure d'inspiration « fougère », mais sans lavande.


La formule

Citron HE : 5
Bergamote HE : 6
Myrte rouge HE : 4
Bois de Hô HE : 2
Dihydromyrcénol : 3
Anthranilate de méthyle @5% : 1
Hédione : 15
Salicylate de benzyle : 3
Méthylionone : 2
Coumarine @25% : 16
Cyprès bleu HE : 4
Bois de gaïac HE@50% : 15
Kephalis : 8
Mousse de chêne absolue @10% : 15

Les indications de quantité peuvent être prises comme des gouttes ( Bergamote HE : 6 signifie 6 gouttes d'huile essentielle de bergamote). Après avoir composé le mélange, on ajoute 5ml d'alcool à 90° de pharmacie pour avoir un échantillon.

Les matières vedettes


Myrte rouge (Myrtus Communis)
La myrte est un arbrisseau buissonnant aromatique du maquis méditerranéen. La mythologie grecque avait consacré la myrte à Aphrodite et à l'amour ; la couronne de myrte récompensait les triomphes militaires secondaires (la médaille d'argent de la couronne de laurier en quelque sorte) ou la virtuosité en matière de poésie amoureuse.
La myrte produit des baies d'une couleur violette sombre utilisées comme épice ou pour la fabrication d'une liqueur populaire en Corse et en Sardaigne. Si les deux espèces végétales sont éloignées d'un point de vue botanique, la myrtille dérive étymologiquement de la myrte du fait de la similarité d'aspect de leurs baies.
L'huile essentielle de myrte possède des facettes fraiche médicinale camphrée (cineole), térébenthine (alpha pinène), citrus (limonène, alpha terpinéol) et herbacée (acétate de myrtényle). L'ensemble pourrait presque faire penser à une version naturelle et légère de l'aldéhyde C12 laurique.

Cyprès bleu (callitris intratropica )
Le cyprès que j'ai utilisé ici est loin d'être méditerranéen, puisqu'il est australien
Le profil olfactif de l'huile essentielle de callitris intratropica est intriguant à bien des égards J'y trouve des aspects d'encre d'imprimerie, mêlés d'une curieuse facette pseudo-menthée, sur un fond qui tend vers des accents boisés (cèdre) et herbacés (camomille).
Renseignements pris, cette HE comporte principalement des isomères de l'eudesmol (alpha, béta et gamma) que l'on retrouve dans les HE d'amyris et d'hinoki ; du guaiol, présent aussi dans le bois de gaïac et utilisé dans les accords rose-thé ; ainsi que du chamazulène et gaiazulène qui donne à cette essence une remarquable couleur bleue indigo. L'HE de callitris intratropica ne contient pas d'alpha-pinène qui est pourtant le composant principal du traditionnel cyprès commun européen (Cupressus sempervirens).

Dans la composition, la myrte intervient plutôt en note de tête, alors que le cyprès bleu australien est en note de cœur/fond.

Les autres matières

En tête, la myrte est accompagnée d'un accord hespéridé citronné frais (citron, bergamote, DHM) avec une légère pointe cologne néroli (anthranilate de méthyle).
Le cyprès bleu est soutenu par des bois, le gaïac qui lui est proche par certains aspects et le Képhalis, un bois synthétique qui dispose d'une physionomie ambré/tabac. La coumarine et la mousse de chêne sont là pour la structure « fougère » ; on retrouve également la fée Hédione et sa baguette magique. J'ai également ajouté du salicylate de benzyle (note solaire/fleurs exotiques, très tenace) qui peut paraître déplacé dans le contexte, mais après quelques essais, je trouve qu'il a sa place dans le tableau (peut-être la plage en contrebas du maquis ?).

Au final, les identités de la myrte et du cyprès bleu australien sont bien préservées dans la composition, même si à la seule lecture de la formule, ils apparaissent comme minoritaires.

(Illustration : Circe offering the cup to Ulysses, toile de J.W. Waterhouse, source : reproductionart.com)

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