dimanche 25 avril 2010

All your base ...


Comme je me suis procuré trois bases du catalogue de Firmenich, voici un petit billet sur ce thème.

Qu'est ce qu'une base en parfumerie ?
Une base est en quelques sortes un « mini-parfum » composé elle-même de plusieurs matières premières, qui va entrer dans la composition d'une autre fragrance plus élaborée.
Une base évoque généralement un thème olfactif simple et défini (base jasmin, base ambrée, base muscs doux...) qui combiné à d'autres matières et d'autres bases abouti à la fragrance finale.

Cette manière de composer à partir de bases était pratiquée par les parfumeurs de la fin du 19éme siècle et du début du 20éme. On peut voir cela comme une manière pour le parfumeur de se simplifier la tâche. Plutôt que de ré-écrire et de re-peser, à chaque essai d'une nouvelle formule, les différentes matières servant à évoquer, par exemple, la fleur d'oranger ; le parfumeur composait une base « fleur d'oranger » qui était utilisée comme telle dans les essais de formule.

Cette pratique donnait lieu aux formules de parfum « à tiroir » dont voici un exemple hypothétique et un peu caricatural :

Fragrance « Fleurs blanches à la française »
Base jasmin : x grammes
Base tubéreuse : x grammes
Base fleur d'oranger : x grammes
Base musc : x grammes
Base animale : x grammes

Si l'on ouvre le « tiroir »  fleur d'oranger , on pourrai trouver

Fleurs d'oranger absolue : x grammes
Petit grain bigaradier HE : x grammes
Linalol : x grammes
Acétate de linalyle : x grammes
Alcool phényléthylique : x grammes
Anthranilate de méthyle : x grammes
Indole : x grammes

et ainsi de suite pour les autres tiroirs...

Il semblerai que cette façon de composer ne soit plus en vogue dans la parfumerie actuelle, elle n'est pas conseillée dans les écoles de parfumerie.

Les formules à tiroirs n'étaient pas trop gênantes à l'époque où les maisons de parfum fonctionnaient de manière entièrement intégrée : la formulation des fragrances, la sélection des matières premières, la fabrication des concentrés et des parfums, la réclame et la commercialisation, etc, tout était réalisé en interne. Peu importe si les formules comportaient d'hermétiques tiroirs sous forme de bases « maisons » , la chaîne de production technique étant uniquement interne.

A l'heure actuelle, le processus global de production de parfum est généralement éclaté entre différents acteurs indépendants et spécialisés : les parfumeurs formulent, les marques « marketent », les industriels des matières premières fabriquent les concentrés, les unités de productions débitent les flacons de produit fini et les distributeurs les distribuent. Dans ce contexte, il importe que la formule soit clairement interprétée par les acteurs du processus technique, ce qui prohibe les bases personnelles au créateur de parfum.

Cela signifie pas que les bases ont disparues. Ce sont maintenant les industriels des matières premières qui proposent des bases toutes faites aux parfumeurs, et non les parfumeurs qui concoctent leurs bases personnelles. Souvent ces bases sont formulées autour d'une molécule captive, que l'industriel a breveté mais qu'il ne commercialise pas en tant que telle.

J'en viens maintenant aux bases de la société Firmenich que j'ai à ma disposition, dont les dénominations commerciales font penser à une rétrospective des éditions Humanoïdes Associés : Galbex 183, Dorinia SA E et Fixateur 505.

Galbex 183 :
A priori, la dénomination de ce produit fait référence au galbanum. Mais il ne s'agit pas d'une reconstitution de substitution au galbanum naturel, mais d'une base autour d'un thème galbanum. Des notes hespéridées zestées (façon marmelade d'oranges amères) et un trait de jus d'ananas accompagne un effet vert galbanum très civilisé (exit les nuances alliacées). Idéal dans une cologne hespéridé verte ou dans un shampooing fuité/vert.

Dorinia SA E :
C'est une base rose, une rose fraiche équilibrée entre les facettes citrus, verte et miellé de la reine des fleurs. Le produit est impressionnant par son volume et sa diffusion : une petite mouillette de Dorinia pur a suffit pour parfumer tout mon appartement ! Cette base évolue vers des tonalités de fond un peu plus dure, vineuse et vaguement métallique.

Fixateur 505 :
Comme le nom l'indique, il s'agit d'une base destinée à participer aux notes de fond. L'aspect olfactif général est dans le genre ambré sec /boisé chaud avec des nuances de type iris/violette dans un registre plus boisé que floral (un peu comme l'effet des méthylionones). On peut aussi y sentir des nuances tabac miellé un peu à la manière du kephalys (woody cyclohexanone). L'intensité olfactive est moyenne, le développement linéaire avec, bien sûr, une bonne ténacité.
Lorsque l'on connaît l'importance des combinaisons d'Iso-e-super, de methylionone, d'ambroxan parmi les matières « fixatrices » dans toute sorte de compositions de la parfumerie récente (années 1990), le Fixateur 505 en est surement une bonne alternative.

Illustration : photo par Carina Ice, source Flickr.com

9 commentaires:

  1. welcome back Gnu, a very nice and useful note for us perfumistas.
    ciao
    Roberto

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  2. Ciao Roberto !

    I'm still alive too !

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  3. Bonsoir le Gnou,
    Post instructif et agréable à lire.Merci !
    J'ajoute que les bases sont de plus en plus rares en raison d'une législation de plus en plus rigoureuse et qui ne cesse d'être modifiée et agrandie. Bref, les maisons qui crées les bases doivent sans arrêt les reformuler pour qu'elles soient "safe"..Ifra,normes x et y, allergenes...et j'en oublie ! :)A++

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  4. Bonsoir Le Gnou et tous les autres,

    Oui comme le dit Céline Ellena, la non utilisation des bases est surtout due aux problèmes de législation, la reformulation de celles-ci à chaque nouvelle règlementation. Il y a aussi le fait que les services de législation n'aiment pas ne pas savoir ce qu'elles contiennent et donc ne les valide qu'en ayant un grand nombre d'informations dessus (ce que les maisons de matières premières ne donnent pas facilement!!!).

    Je pense que l'utilisation des notes d'Iso E, de méthylionone dans les parfums modernes sont dues à des considérations essentiellement économiques (il en va de même pour la galaxolide qui peut atteindre les 40% dans certaines compositions!!!! Ceci formate les parfums malheureusement).

    Quant à l'utilisation de l'Ambroxan je ne peut être contre, car je trouve cette note incroyable, j'en suis sans contexte désespérément amoureux!!! C'est de loin ma préférée et j'ai d'ailleurs tendance à la surdoser aussi (mais c'est pour mon plaisir!

    Merci beaucoup pour cet article, qui nous apprend de nouvelles choses!

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  5. Coucou Le Gnou et les autres,

    Encore un article bien... senti (désolé), qui donne cette fois envie de se concocter quelques bases.

    Pour ajouter mon grain de sel de mordu du naturel en complétant ce qui a été dit concernant cette législation qui devient délirante, le pire à mes yeux est que même une matière première naturelle tend à devenir une base trop complexe et donc suspecte aux yeux des législateurs.

    Que l'on puisse être allergique à des ingrédients naturels est indéniable mais si ça continue va-t-on interdire la commercialisation des fraises, des kiwis ou des cacahuètes sous prétexte que ce sont des aliments connus comme allergènes alimentaires potentiels ?

    En restant dans l'alimentaire, l'industrie impose déjà le fromage au lait pasteurisé en essayant de faire croire que c'est plus sûr alors que des spécialistes de l'INRA ont prouvé que le fromage au lait cru était meilleur pour notre flore intestinale et donc pour notre immunité.

    Va-t-on bientôt interdire l'absolu de rose qui contient des molécules "allergisantes" pour n'autoriser que sa reconstitution par quelques molécules élémentaires issues de l'industrie ?

    Et ensuite on fera des tableaux jaunes ou rouges mais surtout pas orange au motif que certains sont allergiques au orange ?

    J'exagère un peu mais on s'en approche tout de même.

    Comme disait Coluche (Oui, encore lui...) Mais jusqu'où s'arrêteront-ils ?

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  6. Bonjour céline,

    Il serait donc possible qu'une fragrance soit reformulée "à l'insu de son plein gré" lorsqu'elle comporte une ou plusieurs bases qui elles-mêmes sont reformulées par le fabricant...

    De quoi alimenter le débat houleux sur les reformulations qui fait rage entre les perfumistas et les marques (les premiers fustigeant le manque de transparence, les second invoquant des illusions olfactives).

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  7. Bonjour Boolala
    J'aime bien l'ambroxan également, cela m'évoque un peu l'odeur poussiéreuse de ces vieux bouquins aux pages jaunies reliés de cuir patiné (en plus costaud cependant).

    Ceci dit, j'ai évoqué l'ambroxan à propos du Fixateur 505, mais c'est plus par analogie d'usage que par analogie olfactive. Renseignement pris, c'est le Fixateur 404 de Firmenich qui comporte de l'ambroxan !

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  8. Bonjour Cédric,

    C'est vrai que les principes de précaution en matière d'allergènes de l'industrie du parfum ont quelque chose de ridicule.

    Si tout était régit par l'IFRA, il serait obligatoire de porter des gants pour éplucher une orange (limonene + citral) ; déguster un spéculoos (eugenol + méthyl eugénol + aldhéhyde cinnamique ) relèverait de la conduite autodestructrice... on pourrait multiplier ce type d'exemples cocasses ! (je vous épargne la sauce pesto bourrée de méthyl-chavicol).

    "Jusqu'où s'arrêteront-ils ?" : l'IFRA et ses organisations connexes ( RIFM, Rexpan...)s'auto-alimentent, puisqu'ils planifient les évaluations et ré-évaluations des matières premières sur des années. Un vrai travail de Sisyphe. Peut-être verra-t-on un jour l'IFRA revenir sur l'une de ses restrictions à la lumière d'avancées scientifiques ? C'est théoriquement possible selon leur système de fonctionnement !

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  9. Je crois que je préfère ne rien dire de plus sauf rapporter une phrase de ma pharmacienne pourtant pleine de bonne volonté qui ne vend plus de teinture d'encens (que je fais volontiers) :"on peut mourir, mais sur ordonnance ..."

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