En cette période de Toussaint, marquée par la grisaille et les frimas, la senteur apaisante de la fleur d'oranger, évocatrice du printemps dans les contrées au climat ensoleillé, ne fera pas de mal.
Et c'est parti pour un soliflore fleur d'oranger :
La formule :
Bigarade HE : 4
Petit grain bigarade HE : 4
Acétate de linalyle : 3
Acétate de géranyle : 2
Acétate de néryle : 1
Linalol : 6
Alpha terpinéol : 1
Alcool phenyléthylique : 3
Anthranilate de méthyle @20% : 8
Indole @5% : 3
Beta naphtyl methyl ketone (oranger crystals) @ 20% : 10
Undecanal (aldéhyde C-11 undecylic) @10% : 1
Aldéhyde amyl-cinnamique : 2
Musc cétone @10% : 8
Galaxolide @50% : 8
Les matières naturelles :
Huile essentielle de bigarade
Huile essentielle de petitgrain bigarade.
Ces deux essences sont issues du même arbre, le bigaradier (Citrus aurantium ) : l'essence de bigarade est obtenue par expression du zeste du fruit ; celle de petitgrain par distillation du feuillage.
Ce sont les fleurs de cet arbre qui donnent la matière « fleur d'oranger » du parfumeur, soit par distillation pour l'essence de Néroli, soit par extraction aux solvant pour l'absolue, soit encore par extraction au CO2 supercritique. Je n'ai pas utilisé ces matières tout bêtement parce que je n'en dispose pas, il faut dire qu'elle sont assez onéreuses.
Venant du même arbre, l'essence de bigarade et de petitgrain bigarade possèdent un air de famille avec la fameuse fleur ; il est donc intéressant de les mettre à contribution dans une composition « fleur d'oranger ». L'essence de bigarade a un profil odorant zesté, amer, légèrement fruité et celui de petitgrain est plus verte, également amer, un poil floral. Dans la composition, leur effet d'amertume permet d'éviter le coté « arôme alimentaire » que l'on peut avoir avec un soliflore « fleur d'oranger ».
L'accord « fleur d'oranger » de synthèse :
Acétate de linalyle
Acétate de géranyle
Acétate de néryle
Linalol
Alpha terpinéol
Alcool phenyléthylique
Anthranilate de méthyle
Indole
Je suis parti de résultats publiés d'analyses par spectrométrie ou chromatographie des molécules qui composent l'absolue de fleur d'oranger et l'essence de Néroli. J'en ai ensuite recomposé, de façon toutefois partielle et approximative, un ersatz à partir de molécules de synthèse.
Les molécules qui caractérisent la composition des extraits de fleur d'oranger par leur proportion sont le linalol et l'acétate de linalyle ; le cumul de ces deux matières représentent souvent plus de 50% de l'extrait.
Le linalol est une molécule extrêmement courante dans les extraits naturels de toutes sortes d'espèces végétales parfumées. On la retrouve en proportions importantes dans les essences de lavande, de bois de rose, de graines de coriandre, de bergamote, etc... Son profil olfactif n'est guère affriolant : c'est floral, une peu vert avec un effet frais, un genre de muguet chimique. Cette matière est comme une espèce de « page blanche » olfactive, qu'il convient de compléter par d'autres matières pour obtenir l'impression voulue.
L'acétate de linalyle a la senteur caractéristique de l'arôme « bergamote » tel qu'on le connaît dans le thé Earl Grey ou dans les bonbons « bergamotes de Nancy ».
Toutefois, la combinaison de ces deux matières ne permettent pas de reconstituer la senteur caractéristique de la fleur d'oranger, tout au plus on obtiendra un pauvre succédané d'essence de bergamote.
Les molécules qui participe activement à la coloration olfactive « fleur d'oranger », même si elles apparaissent en plus faibles pourcentages dans les analyses d' absolues de fleur d'oranger, sont l'anthranilate de méthyle et l'indole.
Un article détaillé sur l'anthranilate de méthyle se trouve sur cette page.
L'indole fait parti des ingrédients plutôt « puants » de la palette du parfumeur. Il évoquera soit des odeurs d'excréments soit des effluves de raffinerie ; il est donc idéal pour les concours de grimaces ! Et pourtant, l'indole est responsable de la facette animale qui fait la personnalité de plusieurs fleurs vedettes de la parfumerie : le jasmin, la narcisse, le champaca et bien sûr, la fleur d'oranger.
Les autres molécules utilisées dans cette reconstitution de fleur d'oranger ( acétate de géranyle,
acétate de néryle, alpha terpineol, alcool phenyléthylique ), également présentes dans les extraits naturels, ne sont sans doute pas décisives mais apportent des nuances et de la complexité.
Les autres matières :
Beta naphtyl methyl ketone
Aldéhyde amyl-cinnamique
Aldéhyde C-11 undecylic
Musc cétone
Galaxolide
Les deux premières viennent renforcer la dimension florale.
Le beta napthyl methyl ketone (appelé aussi cétone D ou oranger crystals) vient directement participer à l'accord « fleur d'oranger ». Ce produit a en effet une senteur évoquant cette fleur avec une légère dimension poudrée, un peu héliotrope peut-être. Son principal avantage est d'être tenace et de prolonger l'effet fleur d'oranger en fond.
L'aldéhyde amyl cinnamique est également une matière à profil floral, souvent utilisée pour évoquer le jasmin, mais pas incompatible avec la fleur d'oranger.
l'aldéhyde C-11 undecylic fait partie de ces fameux aldéhydes aliphatiques responsables de la caractéristique « aldéhydés » de certaines compositions parfumés. Je l'ai utilisé essentiellement pour donner une connotation « parfumesque » à la composition et pour tenter d'éviter l'effet arôme alimentaire ou lait hydratant pour bébé qui sont des écueils possibles pour un soliflore « fleur d'oranger ». L'aldéhyde C-11 undecylic, derrière son impact gras et diffusif, possède une facette de zeste d'orange (dans lequel il est naturellement présent en très petite quantité) compatible avec le thème général de la fragrance.
J'ai complété la composition par deux muscs, le musc cétone au profil poudré et animal et le galaxolide , pour une touche proprette.
La fragrance :
C'est un soliflore, presque un simple accord déguisé en fragrance ; donc c'est assez linéaire et monolithique. Cependant on peut y déceler quelques nuances dans son évolution. Le départ comporte un peu l'amertume des matières naturelles utilisées, l'aldéhyde C-11 joue sa partition sans être envahissant. La coloration fleur d'oranger est bien présente et elle accompagne l'évolution de la composition passant d'un registre frais en tête à un registre musqué, poudré et un peu animal en fond.
Illustration : une fleur d'oranger (source : biolandes.com)





