J’ai récemment mis la main sur un petit trésor fort réjouissant : une sympathique collection de miniatures et d’échantillons de parfum datant des années 1980. Ce genre de collection doit traîner dans de nombreuses caves et greniers. En effet, la collection d’échantillons de parfum semble être une pratique assez courante chez les adolescentes ; et puis, les jeunes filles devenant femmes, elles oublient souvent leurs précieuses collections avec « les vieilles affaires », enfouies au fin fond de vieux cartons d’emballage. Demandez à vos amies, vous pourriez avoir de bonnes surprises !
Voilà, je vais pouvoir me vouer aux démons du vintage en parfumerie. Pour débuter, je vous propose de partager mes impressions sur l’une des trouvailles : La Nuit de Paco Rabanne.
Cette eau de toilette a été lancée en 1985, le discours publicitaire de l’époque la présente ainsi : « Une eau de toilette de séduction pour une femme sensuelle, sophistiquée et moderne ». Aujourd’hui disparu des rayons des parfumeries, La Nuit de Paco Rabanne bénéficie auprès des amateurs de vintage de sa petite renommée de chypre charnel. J’ai même lu dans les commentaires de sites fréquentés par des perfumistas anglophones, que cette fragrance évoquait à certains la débauche et la luxure. Diantre !
Cette réputation sulfureuse provient de toute une série de notes animalisées judicieusement dosées qui viennent rehausser une structure chyprée légèrement fruitée.
D’après la pyramide officielle, La Nuit s’ouvre sur du citron et du basilic. Dans mon échantillon, le citron est plutôt flapi et le basilic se traduit par une bouffée de linalol assez peu aromatique. Il est cependant possible que ces notes de têtes aient été altérées par le temps.
La Nuit possède aussi une dimension fruitée, mais il ne faut pas s’attendre à ce type de fruité contemporain, entre sorbet sucraillé et shampooing au coulis. Non, il s’agit de fruits « vieille école », de la prune bien sombre, très chic dans un chypre, et un soupçon de pêche vintage obtenue par une pointe d’aldéhyde C14 sans doute.
C’est la rose qui se charge du registre floral, traditionnel pour apporter la touche de féminité dans un chypre classique. Une rose finalement assez secondaire, qui s’intègre discrètement mais efficacement à la composition.
Dans le domaine des bois, les matières emblématiques du chypre sont là, le patchouli et la mousse de chêne, il n’est pas impossible qu’il y ait un peu de cèdre aussi.
Venons-en maintenant au clou du spectacle, la ménagerie des notes animales : miel, civette, cuir, musc.
La Nuit comporte une facette de miel, ou de cire d’abeille, qui combinée avec les bois procure ce petit effet « encaustique » (encaustique qui est à la base une dissolution de cire d’abeille dans de l’essence de térébenthine), un peu à la manière de « Miel des Bois » de Serge Lutens. Cependant, l’effet est beaucoup moins proéminent que dans le Lutens. Cette facette miellée (finalement assez familière chez Paco Rabanne de PR Pour Homme à 1 Million) s’accorde aussi assez naturellement avec la rose et le cuir.
La civette fait partie de ces notes phéromonales pleines d’ambiguïté, capables d’apporter une profondeur incomparable à une composition parfumée. De plus la sensibilité de chacun à ce type de notes semble différente : certains ne les relèvent à peine alors que d’autres les perçoivent distinctement. Et lorsqu’on la perçoit, la civette ne laisse pas indifférent.
La note cuir qui accompagne le développement de la fragrance est claire, souple, miellée finalement assez confortable. La dimension animale est renforcée par un effet de musc « à l’ancienne », sans doute du musc cétone en grande partie.
Alors, et la débauche et de la luxure dans tout ça ? Comme souvent, avec les compositions comportant des notes animales finement équilibrées, c’est sur la peau que tout va se jouer.
Sur mouillette, La Nuit de Paco Rabanne peut apparaître comme un sympathique chypre fruité-cuir parmi d’autres. Mais c’est sur la peau qu’il peut prendre une tout autre dimension, selon l’alchimie personnelle de chacune. Cette combinaison rose-pêche-miel-civette-musc a tendance à se fondre sur la peau des femmes de manière fort troublante. C’est là que l’on regrette la disparition commerciale de cette fragrance !
Post Scriptum
Je profite de ce billet pour souhaiter aux lecteurs et lectrices de ce blog une belle et heureuse année 2011, remplie de parfums émouvants et enivrants.




