dimanche 20 février 2011

Parfums de célébrités mortes


Britney Spears, Sarah Jessica Parker, Gwen Stefani, Mariah Carey, David Beckham, Céline Dion, Kylie Minogue, ... la liste des stars du show biz dont le nom est une marque de parfum est longue. Même si cette pratique commerciale n'a pas l'air de complètement s'implanter en France, les lancements de parfums de célébrités se succèdent aux USA à un rythme soutenu.

Une société de parfums californienne a eut l'idée de surfer commercialement sur deux vagues à la fois : celle des parfums de célébrités et celle du culte des stars décédées. Un parfum au nom d'Elvis Presley, de Marilyn Monroe ou de Michael Jackson, cela pourrait-être un véritable jackpot !
Mais comment légitimer le fait d'associer une fragrance à une vedette disparue depuis des années ? C'est là qu'il y a une troisième vague à surfer : celle de la science triomphante qui encombre depuis quelques temps les séries policières US à succès. En effet, la composition de la fragrance est élaborée d'après l'ADN de la star décédée en question !

Cette société, My DNA Fragrance (Mon parfum d'ADN), prétend avoir mis au point un procédé aussi mystérieux que secret permettant de composer un parfum à partir du profil génétique de n'importe quel individu !. On y croit (à mort)... ou pas !
My DNA Fragrance s'est associé à un certain John Reznicoff, connu pour être le plus grand collectionneur de ... cheveux de célébrités. Et qui dit cheveux, dit échantillon d'ADN. La société a donc commis des parfums composés à partir des profils ADN de célébrités mortes : M pour Michael Jackson, Blue Suede pour Elvis Presley, Marilyn pour Marilyn Monroe, Entrance pour Joan Crawford, Monarch pour Katharine Hepburn et même iQ pour Albert Einstein.
Mais en consultant le site de la marque, il apparaît que, à l'exception de Marilyn, ces fragrances ne sont plus disponibles à la vente, sans doute à cause de questions de droits.

Qu'à cela ne tienne, My DNA Fragrance dispose d'une alternative basée sur leur « technologie » : proposer à chacun un parfum correspondant à son propre profil ADN. Le summum du parfum personnalisé et individualisé en quelque sorte. Moyennent 200 dollars, la société vous fait parvenir un kit de prélèvement d'ADN à retourner, et après analyse, vous livre 60ml d'un parfum exclusif composé à l'image de votre code génétique (garanti sans alcool, sans composant nocif, et sans eau ! ).
Il est à noter que My DNA Fragrance vous demande de préciser tout d'abord si ce parfum « génétique » exclusif est pour femme ou pour homme. Moi qui croyait naïvement que l'on pouvait déterminer le sexe d'un individu à partir de son ADN...


Illustration : Simon Jérémi (Dominique Farrugia), connu pour la profonde conviction de sa réplique « J'y crois à mort » ; source Première.fr

dimanche 13 février 2011

Une matière : le calamus


L'acore calamus (acorus calamus) est une plante aquatique, une sorte de jonc, connue depuis des millénaires pour ses propriétés odorantes. Le calamus faisait partie des ingrédients des préparations parfumées de l'ancienne Mésopotamie ou de l'Égypte antique, tel que le fameux kyphi égyptien.

Une huile essentielle peut être extraite par distillation à la vapeur des rhizomes de l'acore calamus et aussi, plus rarement, de son feuillage.

Comme souvent avec les matières naturelles, il apparaît que la composition des huiles essentielles de rhizomes de calamus est extrêmement changeante selon leur origine et la variété de la plante utilisée. Certaines, d'origine asiatique, comportent majoritairement du bêta-asarone ( jusqu'à 90%), alors que d'autres n'en comportent presque pas. D'autres essences de calamus sont caractérisées par une proportion importante de méthyl-isoeugénol, ce qui doit leur conférer un profil odorant plutôt épicé.
L'huile essentielle de calamus dont je dispose, originaire des régions himalayennes de l'Inde, est riche en bêta-asarone (autour de 70%).

Le calamus fait partie de ces inclassables de la palette du parfumeur, dans quel tiroir le ranger ? Epicé, aromatique, herbacé, cuir, vert, sucré : il y a un peu de tout cela !
Ce qui me frappe dans l'odeur de cette essence, c'est un aspect très douceâtre, quasiment sucré, à la limite du crémeux. Ceci est plutôt perturbant, car par ailleurs, l'odeur du calamus n'évoque rien de comestible, d'alimentaire. C'est donc l'image d'un hypothétique gâteau empoisonné qui vient à l'esprit, sans doute du fait d'une méfiance naturelle envers les odeurs équivoques.
Mais il y a bien d'autres facettes : un coté épicé, vaguement girofle/cannelle ; une dimension verte herbacée, qui peut rappeler le vert caoutchouteux du salicylate d'amyle (en enlevant l'aspect « solaire »). Le parfum du calamus évoquera à certains un cuir humide ou moisi, ou encore des senteurs aquatiques (la vase dans laquelle la plante croît). Un profil olfactif plein d'ambiguïté ce calamus !

Si le calamus est une matière parfumée quasi-biblique, il semble assez peu utilisé dans la parfumerie actuelle. Certaines compositions le revendique cependant : Eau duelle (Dyptique 2010), Un jardin sur le Nil (Hermès 2005), Acteur (Azzaro 1989). Une composition lui est même entièrement dédiée : Calamus de Comme des Garçons (2000).
La raison de cette désaffection vient peut-être du profil olfactif ambiguë de la matière, mais aussi du fait qu'elle comporte l'une des molécules bêtes noires de l'IFRA : le bêta-asarone. Soupçonnée d'être neurotoxique, cancérigène voire hallucinogène cette molécule est limité à 0,01% sur le produit fini par les directives de l'IFRA (et à condition de provenir d'une source naturelle). Il est à noter que le bêta-asarone peut se retrouver en proportion non négligeable dans certaines essences de ... graines de carotte.


Illustration : creepy cake, source http://silverstreamer.blogspot.com/