lundi 12 octobre 2009

Par ici la bonne galette


Oubliez la pyramide, voici la galette !

La galette, de quoi s'agit-il ?

Cette « galette » est, dans la formulation d'un parfum, un groupe de quelques matières premières, qui représentent à elles seules, une proportion importante, voire majoritaire, de la masse totale de la formule. Les matières de prédilection de la « galette » sont l'Hédione, l'Iso E Super, les muscs dit « blancs », ainsi que la méthylionone.

Pourquoi ce vocable de « galette »? je me pose la question de l'origine de ce terme, mais le fait est qu'on le retrouve dans le jargon des parfumeurs, dans certains cours de parfumerie par exemple. On peut également désigner cette « galette » par les termes alternatifs de « noyau », ou d'« ossature » de la composition du parfum.

Petite présentation des protagonistes.

L'Hédione ( ou dihydrojasmonate de méthyle) a été synthétisé par les laboratoire Firmenich dans les années 1960. Ce matériau a une intensité olfactive faible, mais une bonne ténacité linéaire. Son odeur subtile est florale, fraiche (une petite facette citronnée), aérienne. L'Hédione s'est fait connaître par L'Eau Sauvage de Christian Dior (1966), puis est devenu une sorte de baguette magique pour parfumeurs.

L'Iso E super est une matière synthétique, qui possède aussi peu d'intensité, mais de la ténacité. Il peut rappeler le cèdre avec un coté ambré doux, et aussi une facette iris. On lui prête également une caractéristique veloutée. Parmi les parfums possèdent une teneur significative en Iso E Super, on peut citer Fahrenheit de Christian Dior, Féminité du Bois de Serge Lutens, Déclaration de Cartier ou encore Terre d'Hermès.

Les muscs dit « blancs » ont pour caractéristique commune une douceur ronde et tenace souvent évocatrice de propreté teintée de sensualité. Il en existe une large palette, allant du lessiviel (Tonalid) au sirupeux (Ambrettolide) en passant par des aspects fruités (Galaxolide), poudrés, ou « petit animal propre » (Exaltolide). On peut cependant leur reprocher de « jeter un voile », d'opacifier les compositions qui en comportent beaucoup. Un représentant fameux de ces parfums à muscs blancs est le bien nommé White Musk de The Body Shop (1981) qui en comporte 9,4% sur le produit final (et non sur le concentré), essentiellement du Galaxolide (7,7%), du Tonalide (1,6%) et un peu de Cashmeran (0,1%).

La méthylionone est classée conventionnellement dans les matières iris/violette. La matière possède un caractère floral violette et un caractère boisé chaud. En étant négatif, on pourra lui trouver une facette « caoutchouteuse » et en étant positif un aspect sensuel d'épiderme parfumé à la violette. Elle est utilisée depuis le début du vingtième siècle.

Cette « galette » joue donc le rôle d'un noyau, autour duquel le parfumeur va faire graviter les différentes notes de sa composition en fonction des motifs olfactifs voulus. Ce noyau, massif mais au second plan, va soutenir la composition, remplir les interstices, assurer la tenue, mais sans imposer (normalement) une personnalité particulière.


L'exemple le plus fameux de « galette » est sans doute dans Trésor de Lancôme (1990) composé par Sophia Grojsman. En effet, seulement quatre matériaux représentent 60% du poids de la formule, on retrouve l'Hedione, l' Iso E super, le Galaxolide et le méthylionone. Un autre exemple, Ralph par Ralph Lauren (2000), un fruité floral pour jeunes américaines. Sur les 38 composants odorants révélés par une analyse chromatographique de Ralph, seulement deux représentent en quantité 43% du total ; encore l'Hédione (30%) et le Galaxolide (13%).

Il y a certainement de nombreux parfums sur le marché qui s'articulent autour d'une galette, mais comme l'industrie de la parfumerie a choisi de se protéger par le secret (éternel) et non par le brevet (temporaire), il est difficile d'en dire plus.


Expérimentons la galette.

J' ai donc tenté une petite composition basée sur ce concept de galette, autour de laquelle viendront se greffer rose, jasmin et iris. Une tentative de floral classique en somme.


La formule

Hédione : 20

Iso E Super : 10

Brassylate d'éthylène (musc T) : 6

Exaltolide@50% : 8

Alcool phényléthylique : 3

Citronellol : 1

Géranium HE : 1

Monarde fistuleuse HE : 1

Acétate de benzyle : 2

Jasmin absolue : 1

Dihydrojasmone@20% : 3

Iris (rhizome) absolue@20% : 4

Carotte (graines) HE : 1

Alpha-ionone : 1

Méthyl-ionone : 1

Benzaldéhyde@10% : 6

Giroflier (bouton floral « clou »)HE@20% : 2

Coumarine@25% : 4

Vanilline@50% : 4


Commentaires sur la formule

La « galette » (71%) :

L'Hédione (35% à lui seul), l'Iso E Super et les muscs (Musc T et Exaltolide)


La rose (11%) :

représentée (sommairement, il est vrai) par l'alcool phényléthylique, le citronellol, le géranium et la monarde fistuleuse (qui n'est pas une espèce de grenouille arboricole de bassin de l'Orénoque, mais une fleur à géraniol cultivée en Normandie).


Le jasmin (6%) :

l'absolue de jasmin, renforcée par l'acétate de benzyle, et le dihydrojasmone, mais l'Hédione du « noyau » peut être considérée comme participant à l'accord jasmin.


L'iris (7%) :

Avec l'absolu d'iris, la graine de carotte, le méthyl-ionone et l'alpha-ionone.


Les notes complémentaires (5%) :

Le benzaldéhyde : il intervient en tête de la fragrance et apporte, combiné avec les notes florales, un petit coté fruité-noyau. Le benzaldéhyde possède une forte odeur d'amande amère.

Le clou de girofle : apporte une pointe épicée, mais on peut aussi considérer que son composant principal, l'eugénol, est un classique dans les accords rose et jasmin.

La coumarine et la vanilline, quelques douceurs en soutien.

La fragrance :

Sans être antipathique, le résultat est guère original, mais ce n'est pas ce qui était recherché ici. Cela évoque un parfum féminin propret de cosmétique lamdba, avec une note « amande de cerise » en tête (le benzaldéhyde combiné avec les alcools de rose sans doute). La « galette » malgré le dosage un peu exagéré pour les besoins de l'expérience s'avère finalement plutôt discrète, assurant son soutien logistique en coulisse.


(source illustration : photo-libre.fr)

4 commentaires:

  1. Bon cette fois c'est décidé, petit à petit je vais tout lire, ça sent l'expérience, c'est instructif, c'est clair et agréable à lire, que demander de plus ?

    Bravo encore M Gnou ;-)

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  2. J'oubliais... pour faire la mauvaise langue, j'espère que la Rose ne lit pas ce blog sinon elle risque de pleurer en se lisant ainsi décrite ! :p)

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  3. Salut Cédric

    Merci de tes compliments.

    Désolé pour sa Majesté la Rose pour mon (petit) crime de lèse-majesté ;-)
    Un de ces jours, il faudra que tu sentes l'alcool phényléthylique, toutes les roses en parfumerie en contienne peu ou prou (et l'absolu naturel de rose aussi) !

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  4. Je ne dis pas non, je ne l'utiliserai pas mais je suis toujours curieux.

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