mardi 29 décembre 2009

Le parfum de l'Impératrice d'Orient (2éme partie)

Conte byzantin et parfumé

2 – Au Palais Impérial

Le palais impérial de Constantinople était une véritable cité dans la cité. On prétendait que plus de 5000 personnes s’y affairaient jours et nuits : des cohortes de fonctionnaires, des militaires de tous grades, des ecclésiastiques en robe de soie, sans compter les courtisans et les innombrables serviteurs et servantes.

Ce qu’Hypatios et Chloé avaient oublié, c’est que ce jour-là, l’événement au palais était la finale du grand concours de sélection de la future impératrice. Les jeunes femmes choisies aux quatre coins de l’Empire étaient attendues au palais ce jour même.

Aussi, lorsque Chloé se présenta aux portes du palais, les rouages de l’administration byzantine cafouillèrent quelque peu. Voyant arriver cette belle jeune femme richement vêtue et parfumée, les différents fonctionnaires chargés de la garde, de l’accueil et de l’orientation des visiteurs firent la confusion : cette jeune femme est sans nul doute une prétendante au concours impérial. Sans qu’elle fût questionnée, Chloé se vit accompagnée et guidée à travers de longs couloirs jusqu’à un magnifique salon orné de spectaculaires mosaïques où patientaient une vingtaine de jeunes filles toutes plus belles les unes que les autres.

Chloé aborda une jeune femme au joli visage enfantin et à l’allure timide : « Bonjour, tu es ici pour une livraison ? »

La jeune femme sembla déstabilisée et protesta d’une voix mal assurée : « Mais non, tout comme vous, je viens participer au concours de sélection d’une épouse pour le Prince Constantin ! Je me nomme Marie d’Amnia, je suis la petite fille de Philarètre, le pieux marchand arménien. J’ai fait un long voyage pour tenter ma chance aujourd’hui ».

Chloé compris enfin la méprise. Dans un premier temps, elle voulu signaler cette erreur aux quelques fonctionnaires présents, mais elle se ravisa.

Comme toutes les filles de son age, Chloé rêvait d’un beau prince et d’un riche mariage ; concourir pour devenir l’épouse du prince de Byzance, la belle aventure ! D’autant plus qu’avec sa belle robe, son maquillage et son fabuleux parfum, sa confiance dans ses capacités de séduction était décuplée.

Alors que Chloé se laissait aller à la rêverie, une préceptrice supérieure des appartements impériaux entra dans le salon et pris la parole.

« Mes nobles demoiselles, soyez les bienvenues au Palais Impérial ! Je vais à présent vous exposer le déroulement du grand concours impérial pour lequel vous avez été sélectionnées.

Ce concours se déroulera en deux phases.

La première phase aura lieu aujourd’hui. Elle consiste en un entretien individuel avec l’Impératrice Irène et le Prince Constantin. Cet entretien a pour but d’évaluer si votre culture, vos idées religieuses et politiques, votre conception générale des choses sont dignes d’une épouse impériale.

Cependant, durant cet entretien, le jeune Prince Constantin ne devra pas être influencé par vos charmes et vos atouts physiques. C’est pour cela que l’on vous couvrira d’une longue cape qui masquera vos formes, d’un grand foulard qui cachera votre chevelure et d’un masque qui occultera votre visage et étouffera votre voix.

A l’issue de cette première phase, seulement six d’entre vous seront retenues par le Prince pour participer à la seconde phase.

Cette seconde phase aura lieu demain : les six prétendantes restantes seront alors présentées au Prince à visage découvert, vêtues d’une légère robe de soie. Le Prince pourra alors arrêter son choix final en désignant celle qui présente la beauté la plus désirable à ses yeux.

La phase des entretiens sera anonyme, c’est pour cela que je vous demanderai, mesdemoiselles, de piocher dans cette urne un jeton en cuivre marqué d’un numéro. C’est ce numéro qui vous identifiera lors de l’entretien. »

Les prétendantes s’exécutèrent ; Chloé tira le numéro 8 et Marie le numéro 12.

« Je déclare la finale du grand concours impérial ouverte » clama la préceptrice.

Une à une, les vingt prétendantes furent appelées par leur numéro, accoutrées pour l’entretien et guidées jusqu’à un salon des appartements impériaux. On arriva au numéro 8, Chloé. La préceptrice remarqua le paquet que la jeune fille tenait entre ses mains : « Pas de cadeaux pour le Prince ou l’Impératrice, c’est la règle de ce concours, laissez cela ici ! »

Chloé se tourna alors vers Marie qui été restée prés d’elle : « Tiens, je te confie ce précieux paquet, je le récupérerai tout à l’heure, quand tous cela sera fini. »




3 – Le grand concours

Le prince Constantin, qui venait d’avoir 18 ans, était assis à la droite de sa mère dans un petit salon de réception des appartements impériaux. Si la perspective d’un mariage avec la fille la plus belle et la plus sage de l’Empire l’avait excité dans un premier temps, la lourde procédure orchestrée par sa mère commençait à lui peser.

Depuis des heures il voyait défiler des pyramides informes de tissus bariolés qui étaient sensées être ses prétendantes, qui répondaient poliment et doctement aux questions très sérieuses de sa mère, comme si elles avaient appris une leçon par cœur. Et dire que sur vingt prétendantes, on en était seulement à la septième !

La huitième prétendante entra dans le salon. Le Prince ressenti quelque chose de différent, qu’il eut du mal à identifier tout de suite. Il compris que c’était un parfum qui envahissait petit à petit le volume de la pièce. Un parfum suave et pénétrant, possédant des aspects à la fois rassurant et intriguant, un parfum de force et de douceur mêlées, un parfum unique.

L’impératrice Irène commença à questionner la prétendante numéro 8, c’est-à-dire Chloé. La servante de l’apothicaire était une fille du peuple qui n’avait pas reçu une grande instruction. Cependant, elle répondit aux questions avec son bon sens et sa sensibilité. Ses idées politiques, certes naïves, étaient pleines d’idéalisme et de générosité, ses idées religieuses étaient pures et tolérantes, et l’ensemble de ses réponses laissait deviner un petit esprit frondeur plein de charme et de piquant.

Le jeune prince fut conquis par le discours simple et sincère de Chloé, il fut séduit par son humour et ses petites touches d’impertinence, auxquelles il n’était pas habitué. Constantin était sous le charme, et pour la première fois de la journée, un large sourire éclairait son visage juvénile.

Finalement, la suite de la journée passa vite pour le jeune prince qui était perdu dans ses pensées, qui tournaient toutes autour de la prétendante numéro 8 qui avait déjà conquis son cœur. Il faut avouer que les pyramides de tissus savantes qui suivirent n’eurent pratiquement aucune attention de la part de Constantin.

A l’issue des entretiens, l’Impératrice s’adressa à son fils :

« Mon bien aimé fils, comme tu le sais, seul ton bonheur m’importe, c’est donc à toi seul, sans aucune influence, que revient le droit de désigner les six prétendantes qui continueront le concours ! »

On fit venir un greffier et Irène continua « Nous t’écoutons mon fils ! »

Constantin prit la parole d’une manière solennelle : « Je distinguerai la prétendante numéro 8, ainsi que… »

Un silence s’installa.

« Ainsi que ? » relança l’Impératrice d’un ton mielleux qui cachait l’agacement

« Heu…oui… la numéro 3, la numéro 10 et… heu… la 14, 17 et 19 » termina laborieusement le Prince.

Le lendemain se déroula donc la deuxième phase du concours. Dans un grand salon richement orné, l’Impératrice Irène et le Prince Constantin siégeaient sur une haute estrade, entourés d’une partie de leur cour. Le six dernières prétendantes firent leur entrée dans le salon. Elles étaient vêtues d’une simple et élégante robe de soie blanche qui mettait en valeur la grâce de leur silhouette juvénile. Les six jeunes filles étaient toutes d’une beauté renversante.

Le prince Constantin était un peu nerveux : il lui fallait impérativement découvrir qui était la numéro 8 parmi ces six beautés, car elles se présentaient sans numéro cette fois.

Selon le protocole, les jeunes prétendantes devaient s’avancer une par une à trois pas face au siège du Prince, puis exécuter une élégante révérence.

Lorsque l’une des jeunes filles, une brune à l’air sage, fit sa révérence, cela créa un léger déplacement d’air en direction du Prince. Immédiatement, Constantin jubilait intérieurement « Mais bien sûr ! C’est ce parfum unique ! Ce doux et merveilleux parfum qui m’avait tant troublé hier ! Voilà la numéro 8, je l’ai trouvé ! »

Le dénouement du grand concours impérial était proche. Toujours selon le protocole établi, le Prince Constantin s’avança plein d’émotions parmi ses prétendantes, pris la main de celle qui venait de choisir, la jolie brune sage qu’il ne connaissait que comme la numéro 8, et la fit asseoir sur un siège vacant de l’estrade impériale, sous les applaudissements de la cour.

Dès le lendemain, des émissaires furent envoyés sur les routes de l’Empire pour répandre la nouvelle : le Prince Constantin avait choisi sa future épouse, Marie d’Amnia, petite fille de Philarètre, le marchand arménien.

???


(A suivre...)

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