samedi 30 janvier 2010

1000 grammes




Dans ce blog, je partage mes expériences de composition de parfums, en communiquant quelques petites « recettes », que l'on appelle formule en parfumerie. Je ne suis qu'un amateur, composer des parfums est pour moi un loisir créatif ; et mes formules sont assez éloignées dans la forme de vraies formules professionnelles.


Avant d'envisager de tourner un film, un scénario doit être écrit ; et avant de réaliser un parfum, une formule doit être écrite. La formule est une liste des matières premières qui seront mélangées pour réaliser le parfum avec une indication de la quantité utilisé pour chacune d'entre elles. C'est une unité de masse, le gramme, qui est utilisée par les professionnels.


Les parfumeurs actuels formulent leur composition sur un total de 1000 grammes de matières premières. C'est une sorte de convention, qui permet de faciliter les processus d'industrialisation du parfum. Toutefois, le parfumeur n'est pas obligé de combiner « pile poil » 1000 grammes de matériaux ; si il estime que sa formule est satisfaisante avec, par exemple, 883 grammes de matières odorantes, il la complète, sur le papier, avec 117 grammes de solvant neutre (du dipropylène glycol en général), c'est la « mise au mille ».

Lorsqu'il s'agit de tester la formule,de passer du papier au flacon, les laboratoires de parfum réalisent leurs tests sur 100 grammes de concentré dans un souci d'économie de matières premières. Il suffit de diviser les quantités de la formule par dix, et de peser avec une précision de 0,1 grammes. On peut encore être plus économe en testant sur 10 grammes de concentré lorsque les matières premières sont très onéreuses.

Si vous voulez voir à quoi ressemble une « vraie » formule de parfum, vous pouvez en trouver sur le site internet d' International Flavor & Fragrance, une des « majors » de l'industrie du parfum et de ses matières premières. Ce sont des formules de démonstration, sur 100 grammes, destinées à mettre en valeur un ingrédient particulier de cette firme. Voici un lien.

Bien sûr, dans le processus de fabrication du parfum, le concentré sera dilué à la concentration voulue dans de l'alcool éthylique, de l'eau et d'autres composants (colorants, conservateurs...). Par exemple 1000 grammes de concentré permettent d'obtenir 10 kg de produit finis à une concentration type « eau de toilette » de 10%.


Une autre méthode, qui permet de tester rapidement des accords ou des compositions, consiste à diluer l'ensemble de la palette de matières premières à 10%, et de composer à partir de ces dilutions. Le mélange obtenu n'est plus un concentré, mais se rapproche du produit fini type « eau de toilette ». Cette méthode a plutôt une orientation pédagogique, elle est utilisée pour les travaux pratiques dans les écoles de parfumerie. Elle présente l'avantage d'être économe en matière première (mais pas en flacons !). C'est une méthode qui me semble adaptée à la composition de parfum en amateur, bien que je ne l'utilise pas pour ma part.


Une des différences entre la pratique professionnelle et mon approche amateur, et que j'utilise comme unité de mesure l'abominable et fantasque « goutte », qui est beaucoup moins rigoureuse que le très sérieux « gramme ». Je dispose bien d'une petite balance de précision (qui a une résolution bâtarde de 0,02g), mais je m'en sert uniquement pour réaliser mes dilutions de matières premières.


Le problème de la goutte, c'est que ce n'est pas une quantité fixe et définie, une goutte peut être plus ou moins grosse. Cela dépend du type de compte-goutte (il faut bien sûr un compte goute pour chaque matière!), et de la viscosité de la matière. Cela nuira évidemment à la précision de la formule et à sa reproductibilité, ce qui n'est pas envisageable dans une optique professionnelle.

Un autre point à prendre en compte : toute les matières premières de parfumerie ne sont pas liquides, il y a les solides compactes (certaines absolus comme la fève tonka, le mimosa), les pâteuses (essence de gaïac, certains muscs de synthèse), les cristallisées plus ou moins pulvérulentes (vanilline, coumarine). Ces matières-là devront être diluées pour pouvoir être « gouttables ». Cela explique pourquoi dans mes formules, j'utilise ce type de matière en dilution.


(Illustration : l'étalon international du kilogramme de 1889 )



4 commentaires:

  1. ciao
    your post on the magic world of the "formule"is so meaning ful to me.
    the different ways it is build up and used,from professionals to amateurs, the use of the grams and the drops...so precise and simple words.
    thank you for this lesson...

    ciao
    Roberto

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour Gnou,
    On fait de très joli chose avec quelques gouttes pas précises...pense à nos anciens parfumeurs qui ne possedaient pas de balance de précision, ni de production industrielle. On appelle cela de l'artisanat et très bien aussi !

    RépondreSupprimer
  3. Ciao Roberto

    A drop is still more poetic than a gram, isn't it ?
    By the way, I answer you about "le done"...

    RépondreSupprimer
  4. Bonjour Céline

    Oui, on peut faire de jolies choses avec des gouttes, mais un problème peut se poser lorsqu'il s'agit de reproduire la jolie chose.

    Mais c'est vrai, la question de la reproductibilité se pose plus à l'industriel qu'à l'artisan.

    RépondreSupprimer