dimanche 12 décembre 2010

Jacinthe forcée


En ce moment, les fleuristes proposent des jacinthes en pot à faire fleurir en intérieur. Ce sont des jacinthes forcées à qui l'on a fait croire que le printemps arrive décembre. Pour cela les bulbes ont séjourné en chambre froide pour simuler la période hivernale, puis sont plantés en terre dans l'obscurité à température fraiche pour qu'ils produisent des racines et un germe. Il suffit ensuite de les placer à la lumière et à la température d'un appartement chauffé pour que la grappe de petites fleurs aux couleurs vives et à l'aspect cireux se développe.

J'ai donc acheté une de ces jacinthes forcées en pot, dont les boutons floraux étaient déjà formés. Après une semaine bien au chaud dans mon appartement, la plante a fleuri. Les fleurs sont d'un rose très girly, parfois moucheté de vert (si quelqu'un connaît le nom de ce cultivar ?)

Cela m'a permis de saisir le parfum de la jacinthe in vivo.
Un parfum floral printanier, qui fait contraster des facettes vertes presque agressives avec des facettes florales plus douces, subtilement épicées. Le coté vert est vif, piquant, un peu légumier, il évoque quelque chose entre le radis frais, la tige de céleri et la la feuille de moutarde. La facette florale évoque les aspects miellés du parfum de la rose, avec des nuances épicées de cannelle et de girofle. Une bien curieuse composition que nous offre la nature.

Je me suis mis en tête de tenter de reproduire, avec les matières à ma disposition, ce parfum de jacinthe. Pour cela, je me suis inspiré de la composition de l'absolue de jacinthe et de formules basiques de « bases jacinthe » , avec la fleur sous mon nez comme étalon. Après quelques essais et ajustements, je suis arrivé à ceci :

La formule
Galbanum HE @20% : 4
Aldéhyde phénylacétique @50% dans alcool phényléthylique : 2
Acétate de benzyle : 2
Acétate de phényléthyle : 2
Alcool phényléthylique : 3
Lilial : 5
Rosalva @20% : 2
Alcool cinnamique @50% : 14
Clou de girofle HE @20% : 3
Indol @5% : 2

La facette verte 
Galbanum HE
Aldéhyde phénylacétique

L'aldéhyde phénylacétique est l'une des matières de référence lorsqu'on veut reproduire le parfum de la jacinthe, d'ailleurs l'une de ses dénominations commerciales est Hyacinthin. Cette molécule est également présente naturellement dans l'absolue de jacinthe. Je ne dispose que d'un « premix » à 50% dans de l'alcool phenyléthylique, ce qui permet de stabiliser cette molécule  qui , parait-il, se conserve mal. L'odeur de cette préparation évoque en elle-même la jacinthe de façon peu subtile : vert piquant et rosé.

J'ai ajouté un peu d'essence de galbanum pour compléter le compartiment « verdeur ».

La facette florale
Acétate de benzyle
Acétate de phényléthyle
Alcool phényléthylique
Lilial
Rosalva
Indol

L'acétate de benzyle est une molécule connue pour sa participation dans le parfum du jasmin ; en elle-même son odeur peut évoquer un mélange de vernis à ongle et de liqueur de banane. J'en ai mis ici car cette molécule est présente dans l'absolue de jacinthe.

L'acétate de phényléthyle a une senteur à la fois florale (dans le domaine de la rose), fruitée et miellée ; pour ma part, cela m'évoque un arôme tutti-frutti (pomme, abricot, ananas) type « bonbons anglais », donc très artificiel.

L'alcool phényléthylique , qui joue aussi dans le compartiment « rose » est décrit en détail ici.

Le lilial est une matière de synthèse dont le parfum évoque le muguet. Plutôt tenace et ayant une bonne diffusion, je l'ai utilisé dans cette formule pour accentuer le coté floral printanier que peut suggérer la jacinthe.

Le Rosalva (ou Trepanol) est une matière singulière, son impact rappelle celui des aldéhydes aliphatiques : cireux, un peu gras avec de la puissante et de la ténacité. Le Rosalva possède également une facette évoquant le parfum de la rose (personnellement, cette matière m'évoque l'aspect « fruité gras» d'un bon jambon cru !). Je l'ai utilisé pour sa ténacité, pour prolonger le caractère « rose miellée » dans l'évolution de la composition. En effet, les matières telles que l'aldéhyde phénylacétique, le lilial ou encore l'alcool cinnamique sont plus durables que celles qui figurent la facette florale « rose » (alcool phényléthylique et acétate de phényléthyle), le rosalva vient compenser cela.

J'ai également ajouté une pointe d'indol (la facette animale du jasmin et de la fleur d'oranger) , car cette molécule est présente dans l'absolue de jacinthe.


La facette épicée
Alcool cinnamique
Clou de girofle HE

Présent dans l'extrait naturel de fleur de jacinthe, l'alcool cinnamique dispose de plusieurs facettes : une petit coté cannelle (en beaucoup moins puissant que l'aldéhyde cinnamique), une dimension balsamique (présent par exemple dans le baume de Tolu) et un aspect floral vert ; je lui trouve aussi un faux air amandé.

Pour la nuance épicée de girofle de la fleur de jacinthe, j'ai simplement ajouté de l'huile essentielle de clous de girofle, simple non !

Voilà donc mon portrait olfactif de cette petite jacinthe forcée. Un portrait peut-être encore un peu grossier et maladroit, mais la ressemblance est là entre la mouillette et la fleur en pot. Un bon exercice de style.

4 commentaires:

  1. Salut à tous, c'est vrai que pour un prix modique ces petites plantes vendues au coin de la rue font notre bonheur olfactif, l'idée d'un soliflore sur le modèle vivant de la petite plante qui ne se laisse point capturer et la comparaison finale au positif, bravo,mr Gnou. Je me demande quant à moi si sans les connaissances sur les composantes de la jacinthe j'aurais pu recréer seulement au nez un peu la plante ,ce qui représente une autre démarche;c'est vrai que la clé repose sur le contraste :lourd-mielleux et la légèreté de la facette verte , au fait il y a beaucoup d'alcool cinnamique, c'est aussi pour donner du corps ?Enfin le recours au dihydrocitronellol n'a pas été nécessaire ?
    Encore merci pour tes bonnes descriptions.

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  2. Bonjour leGnou,
    Il y a longtemps que je n'ai pas posté sur votre blog mais je continue de lire vos écrits, toujours ravi!!
    Actuellement je me suis mis en tête de recréer une tubéreuse, je dois avouer que l'exercice est difficile mais vraiment passionnant!
    Dommage de ne pas avoir étoffer votre composition par un peu d'absolue de mimosa,je trouve que par ses accents verts,floral et profondément miellé il aurait été magnifique dans cette création.
    Pour ma part je suis reparti de votre essai, en ajoutant la dite absolue et une HE de citron,l'effet est prometteur cela dit la compo demande un peu de repos...

    Merci pour ce post fort intéressant!!

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  3. Bonjour Jean

    Je n'avais pas forcément l'idée de réaliser un "soliflore" au sens d'un parfum "portable", mais plutôt d'imiter la senteur de la jacinthe. Je ne pense pas non plus que j'aurais été capable de reproduire la jacinthe uniquement "au nez" (au pif pourrait-on dire), sans avoir un peu de documentation ; mais j'ai quand même un peu improvisé avec le lilial ou le rosalva par exemple. Sinon, l'alcool cinnamique est classique dans les reconstitutions de jacinthe.

    Bonjour Boolala
    C'est curieux, je cherchais également à imiter une tubéreuse il y a quelques temps (avec de l'absolu comme référence) ; sans résultat très convainquant, j'ai encore du travail, elle ne se laisse pas facilement apprivoiser !
    c'est sympa de reprendre mes formules pour les retravailler. Ceci dit ma jacinthe est une peu brutale, il faudrait sans doute diminuer de moitié l'aldéhyde phénylacétique et peut-être le rosalva pour avoir un résultat plus policé, mais peut-être moins fidèle à la fleur.

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  4. ciao Gnu,
    you make me feel jealous about such flowering exercise...veryyy nice idea...i am taking care in these cold days of my jasmine grandiflorum bushes hoping to get their fragrance next summer...hopefully..
    my best wishes of a merry Xmas..
    ciao
    Roberto

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