dimanche 22 novembre 2009

Échanges et impressions.



A la suite de mon article sur mes expériences de teintures, j'avais fait un petit échange postal avec un lecteur de ce blog, Roberto de Trévise en Italie. Il m'avait envoyé des échantillons de ses teintures et, en retour, je lui avais adressé des échantillons de mes composition parfumées pour lesquelles j'avais fait un article sur ce blog.

J'avais étiqueté les flacons à échantillons avec mes numéros de formule. Voici donc les impressions de Roberto, qu'il m'a autorisé à reproduire ici. (je ne les ai pas traduite, elles sont en anglais).

« So, i took the fragrances numbers and went directly to smell them without going to the blog to read again where they come from...a kind of blind examination...so i go just into my impressions without thinking the raw materials...
so, here we go:

217: i can see a yellow sun in front of me...so yellow and sparkling..a little balsamic and fresh...after a while still sparkling but sweetie...clear and shaped drydown

186: opening with a clean erbaceous note, fresh and sweet, green that suddenly become somehow a candy minty note..

166: soapy green note...imperial...then green leaves that become more and
more green...on my skin become somethiung between a strong lemon and petitgrain (a note that i love)...

223: reesin like, remind me of the mirra note with this liquorice that permeate the smell..after a while smootley goes from bitter into a sweet aspect ...meditative note..

226:the almonds are around me...very sweet, tasty, yummy...soapy warm bubble
bath...(here the benzaldehyde tend to dominate from the beginning)

185: flowery aromatic, somehow narcotic and heavy...mysterious but present woman in front of me..

my favourite 217, 186 and 166 »

Je vous donne tout de même les correspondances entre les numéros de formule et les articles du blog :

217 Ylang Patchouli
186 Fougère orientale
166 Cologne enfantine
223 Teintures alcooliques
226 Par ici la bonne galette
185 Solaire et Exotique

(Source illustration : photo-libre.fr)

lundi 9 novembre 2009

Le printemps en novembre


L'automne est maintenant bien avancé, les jours diminuent, les frimas arrivent, la grisaille s'installe. Quels types de senteur vous invoque cette saison ? L'odeur des feuilles mortes humides, l'humus, les champignons, les mousses et les lichens...

Que diriez-vous d'un arbre fruitier faisant de la résistance à cette ambiance automnale, certes sympathique, mais porteuse d'une certaine mélancolie ? Un arbre qui, à l'heure où ses congénères se déplument et se préparent au repos hivernal, éclate dans une floraison qui répand un subtil parfum printanier en plein mois de novembre.

Cet arbre est le néflier du Japon ( Eriobotrya japonica ) ou bibacier. Certes, comme son nom l'indique, ce néflier n'est pas « bien de chez nous » mais originaire d'extrême-orient ; il est cependant cultivé dans nos contrées soit comme arbre d'ornement, soit comme arbre fruitier lorsque le climat le permet.

C'est un arbre de taille moyenne au feuillage persistant. Ses feuilles coriaces sont d'un vert foncé lustré coté face, et d'un gris vert duveteux avec des nervures rousses coté pile. Les feuilles sont disposées en étoile autour des branches. Bien sûr, il produit des fruits, les bibaces ou nèfles du Japon, qui arrivent à maturité au début de l'été. La chair du fruit est juteuse, sucrée, acidulée, très rafraîchissante. Malheureusement, la bibace, bien que délicieuse, n'est guère « commerciale », car elle présente le désavantage, pour notre époque, de mal supporter le transport.

Mais ce qui nous intéresse en cette saison, c'est la floraison. Les petites fleurs sont de couleur crème, groupées en grappes érigées sur des tiges d'aspect laineux. Lorsque quelques rayons de soleil automnal réchauffent un peu l'atmosphère, le néflier en fleurs va embaumer d'un doux parfum la parcelle de jardin où il est planté. C'est l'occasion pour les insectes butineurs de se livrer à leur dernier festin avant la disette et la léthargie hivernale.

Venons-en à ce parfum : je le qualifierai de floral gourmand. Pour le coté gourmand, c'est une facette à la fois amandée et miellée, tirant presque sur le vanillé. Le coté floral évoque un mimosa avec des accents verts. Le tout est doux, presque sucré, et pourrait évoquer une viennoiserie généreusement tartinée de miel d'acacia.

J'ai lu que dans les années 1950, un essai d'extraction d'une absolue de fleurs de néflier du Japon avait été tenté, mais le rendement s'est avéré décevant. Il est certainement possible de reconstituer le parfum du néflier en fleurs ( absolu de mimosa, héliotropine, aldéhyde anisique ,peut-être une pointe d'alcool cinnamique et de vanilline ?). Pourtant, à ma connaissance, la note « Fleur de Néflier » n'est pas exploitée dans la parfumerie commerciale, pourtant toujours à la recherche de nouveauté pour se distinguer.

Si le néflier du Japon n'a pas de chance avec la parfumerie, il en est autrement avec la cosmétique. En effet, on a trouvé des vertus anti-rides et liftantes à des substances extraites de ses feuilles. La mention « Eriobotrya japonica extract » fleuri donc sur les étiquettes de ces petits pots de crème hors de prix.

(Illustration : Néflier du Japon en fleurs, source http://commons.wikimedia.org)

dimanche 1 novembre 2009

Myrte rouge et cyprès bleu


J'avais envie de me livrer à un petit exercice d' « habillage » de matières. J'ai choisi deux matières naturelles, les huiles essentielles de myrte et de cyprès bleu. Ces deux essences, dotées d'une personnalité olfactives certaines, peuvent être évocatrices de senteurs de maquis méditerranéen, de plantes aromatiques, de résines chauffées par le soleil, dans ces iles qui auraient pu être visitées par Ulysse lors de son Odyssée.
Après quelques essais, j'ai arrêté la formule suivante, sur un thème aromatique frais boisé, plutôt masculin, avec une structure d'inspiration « fougère », mais sans lavande.


La formule

Citron HE : 5
Bergamote HE : 6
Myrte rouge HE : 4
Bois de Hô HE : 2
Dihydromyrcénol : 3
Anthranilate de méthyle @5% : 1
Hédione : 15
Salicylate de benzyle : 3
Méthylionone : 2
Coumarine @25% : 16
Cyprès bleu HE : 4
Bois de gaïac HE@50% : 15
Kephalis : 8
Mousse de chêne absolue @10% : 15

Les indications de quantité peuvent être prises comme des gouttes ( Bergamote HE : 6 signifie 6 gouttes d'huile essentielle de bergamote). Après avoir composé le mélange, on ajoute 5ml d'alcool à 90° de pharmacie pour avoir un échantillon.

Les matières vedettes


Myrte rouge (Myrtus Communis)
La myrte est un arbrisseau buissonnant aromatique du maquis méditerranéen. La mythologie grecque avait consacré la myrte à Aphrodite et à l'amour ; la couronne de myrte récompensait les triomphes militaires secondaires (la médaille d'argent de la couronne de laurier en quelque sorte) ou la virtuosité en matière de poésie amoureuse.
La myrte produit des baies d'une couleur violette sombre utilisées comme épice ou pour la fabrication d'une liqueur populaire en Corse et en Sardaigne. Si les deux espèces végétales sont éloignées d'un point de vue botanique, la myrtille dérive étymologiquement de la myrte du fait de la similarité d'aspect de leurs baies.
L'huile essentielle de myrte possède des facettes fraiche médicinale camphrée (cineole), térébenthine (alpha pinène), citrus (limonène, alpha terpinéol) et herbacée (acétate de myrtényle). L'ensemble pourrait presque faire penser à une version naturelle et légère de l'aldéhyde C12 laurique.

Cyprès bleu (callitris intratropica )
Le cyprès que j'ai utilisé ici est loin d'être méditerranéen, puisqu'il est australien
Le profil olfactif de l'huile essentielle de callitris intratropica est intriguant à bien des égards J'y trouve des aspects d'encre d'imprimerie, mêlés d'une curieuse facette pseudo-menthée, sur un fond qui tend vers des accents boisés (cèdre) et herbacés (camomille).
Renseignements pris, cette HE comporte principalement des isomères de l'eudesmol (alpha, béta et gamma) que l'on retrouve dans les HE d'amyris et d'hinoki ; du guaiol, présent aussi dans le bois de gaïac et utilisé dans les accords rose-thé ; ainsi que du chamazulène et gaiazulène qui donne à cette essence une remarquable couleur bleue indigo. L'HE de callitris intratropica ne contient pas d'alpha-pinène qui est pourtant le composant principal du traditionnel cyprès commun européen (Cupressus sempervirens).

Dans la composition, la myrte intervient plutôt en note de tête, alors que le cyprès bleu australien est en note de cœur/fond.

Les autres matières

En tête, la myrte est accompagnée d'un accord hespéridé citronné frais (citron, bergamote, DHM) avec une légère pointe cologne néroli (anthranilate de méthyle).
Le cyprès bleu est soutenu par des bois, le gaïac qui lui est proche par certains aspects et le Képhalis, un bois synthétique qui dispose d'une physionomie ambré/tabac. La coumarine et la mousse de chêne sont là pour la structure « fougère » ; on retrouve également la fée Hédione et sa baguette magique. J'ai également ajouté du salicylate de benzyle (note solaire/fleurs exotiques, très tenace) qui peut paraître déplacé dans le contexte, mais après quelques essais, je trouve qu'il a sa place dans le tableau (peut-être la plage en contrebas du maquis ?).

Au final, les identités de la myrte et du cyprès bleu australien sont bien préservées dans la composition, même si à la seule lecture de la formule, ils apparaissent comme minoritaires.

(Illustration : Circe offering the cup to Ulysses, toile de J.W. Waterhouse, source : reproductionart.com)

dimanche 18 octobre 2009

Les teintures de Roberto.


A la suite de l'article sur mes expérimentations en matière de teintures alcooliques, l'un des lecteurs de ce blog, Roberto, de Trévise en Italie, m'a gentiment fait parvenir quelques échantillons de ses propres teintures.
J'ai donc reçu une enveloppe garnie d'échantillons de teintures de tabac, de cire d'abeille et de café, dont je vais vous livrer mes impressions olfactives.

Teinture de tabac
J'ai une impression dominante de miel mêlé d'herbes sèches un peu poussiéreuses. Comme facettes secondaires, j'y ai trouvé un aspect rhum brun et aussi fève tonka, mais sans la facette gourmande amandée. Roberto m'a précisé qu'il a utilisé un tabac non aromatisé.
Le thème tabac est classique en parfumerie ; toute une palette de matières premières permet l'évocation des senteurs tabacées : coumarine, immortelle, fève tonka, kephalis, maté... et bien sûr l'absolue de tabac.
J'évoquerai Habanita de Molinard pour illustrer le tabac en parfumerie. C'est un peu paradoxal, car Habanita, fragrance riche et complexe, ne revendique pas particulièrement de note tabac, mais il a été conçu en 1921 pour parfumer les fumeuses, à l'époque où l'habitude de fumer était du plus grand chic pour les femmes élégantes. (Selon la légende, dans sa première version, Habanita était une préparation destinée à aromatiser les cigarettes de ces dames).

Teinture de cire d'abeille
L'odeur est tout d'abord grasse, huileuse, c'est finalement à une huile d'olive « fruitée vert » que me fait penser cette teinture, avec cette légère touche végétale d'herbe coupée. J'y trouve aussi une facette miellée, ainsi qu'un léger aspect floral mimosa.
La cire d'abeille, sous forme d'absolue extraite aux solvants volatils, est utilisée en parfumerie. Elle peut être combinée aux notes florales (rose, jasmin, tubéreuse) pour leur donner un accent plus animal, plus gras ; mais également dans les notes miellés ou tabac. L'un des parfums emblématiques de la note « cire d'abeille » est sans doute Miel de Bois de Serge Lutens (qui, selon les rumeurs, serait en voie de discontinuation).

Au final, ces deux teintures, le tabac et la cire d'abeille ne sont pas si éloignées que ça du point de vue olfactif, elles ont toute les deux une dominante tabacé miellé, la cire étant plus grasse, le tabac étant plus sec. Les deux teintures n'ont pas une très grande intensité olfactive et sont peu tenaces ; j'ai du utiliser la technique de la « surimpression sur touche » (c'est à dire que j'ai trempé plusieurs fois la même mouillette en papier) pour en avoir une bonne impression.


Teinture de Café
Voilà une senteur plus ambiguë qu'elle en a l'air. C'est vrai que si on pense « café », on y sent du café ; mais si on laisse un peu aller ses sens, c'est l'arôme d'une tablette d'un chocolat noir sec et amer qui s'impose, avec des aspects de goudron et de cuir à l'horizon.

L'extraction d'une absolue est également pratiquée à partir des grains de café torréfiés. L'absolue de café peut être utilisée par les parfumeurs en appuie de notes gourmandes café, chocolat, caramel ou de notes cuirées.
Pour évoquer un parfum qui met en scène la note café/cacao, agrémenté de patchouli, de vanille et de tonka : A-men de Thierry Mugler.



Illustration : Pochette du disque Couleur Café de Serge Gainsbourg, source www.ecompil.fr.
Clip : Couleur café par Serge Gainsbourg

lundi 12 octobre 2009

Par ici la bonne galette


Oubliez la pyramide, voici la galette !

La galette, de quoi s'agit-il ?

Cette « galette » est, dans la formulation d'un parfum, un groupe de quelques matières premières, qui représentent à elles seules, une proportion importante, voire majoritaire, de la masse totale de la formule. Les matières de prédilection de la « galette » sont l'Hédione, l'Iso E Super, les muscs dit « blancs », ainsi que la méthylionone.

Pourquoi ce vocable de « galette »? je me pose la question de l'origine de ce terme, mais le fait est qu'on le retrouve dans le jargon des parfumeurs, dans certains cours de parfumerie par exemple. On peut également désigner cette « galette » par les termes alternatifs de « noyau », ou d'« ossature » de la composition du parfum.

Petite présentation des protagonistes.

L'Hédione ( ou dihydrojasmonate de méthyle) a été synthétisé par les laboratoire Firmenich dans les années 1960. Ce matériau a une intensité olfactive faible, mais une bonne ténacité linéaire. Son odeur subtile est florale, fraiche (une petite facette citronnée), aérienne. L'Hédione s'est fait connaître par L'Eau Sauvage de Christian Dior (1966), puis est devenu une sorte de baguette magique pour parfumeurs.

L'Iso E super est une matière synthétique, qui possède aussi peu d'intensité, mais de la ténacité. Il peut rappeler le cèdre avec un coté ambré doux, et aussi une facette iris. On lui prête également une caractéristique veloutée. Parmi les parfums possèdent une teneur significative en Iso E Super, on peut citer Fahrenheit de Christian Dior, Féminité du Bois de Serge Lutens, Déclaration de Cartier ou encore Terre d'Hermès.

Les muscs dit « blancs » ont pour caractéristique commune une douceur ronde et tenace souvent évocatrice de propreté teintée de sensualité. Il en existe une large palette, allant du lessiviel (Tonalid) au sirupeux (Ambrettolide) en passant par des aspects fruités (Galaxolide), poudrés, ou « petit animal propre » (Exaltolide). On peut cependant leur reprocher de « jeter un voile », d'opacifier les compositions qui en comportent beaucoup. Un représentant fameux de ces parfums à muscs blancs est le bien nommé White Musk de The Body Shop (1981) qui en comporte 9,4% sur le produit final (et non sur le concentré), essentiellement du Galaxolide (7,7%), du Tonalide (1,6%) et un peu de Cashmeran (0,1%).

La méthylionone est classée conventionnellement dans les matières iris/violette. La matière possède un caractère floral violette et un caractère boisé chaud. En étant négatif, on pourra lui trouver une facette « caoutchouteuse » et en étant positif un aspect sensuel d'épiderme parfumé à la violette. Elle est utilisée depuis le début du vingtième siècle.

Cette « galette » joue donc le rôle d'un noyau, autour duquel le parfumeur va faire graviter les différentes notes de sa composition en fonction des motifs olfactifs voulus. Ce noyau, massif mais au second plan, va soutenir la composition, remplir les interstices, assurer la tenue, mais sans imposer (normalement) une personnalité particulière.


L'exemple le plus fameux de « galette » est sans doute dans Trésor de Lancôme (1990) composé par Sophia Grojsman. En effet, seulement quatre matériaux représentent 60% du poids de la formule, on retrouve l'Hedione, l' Iso E super, le Galaxolide et le méthylionone. Un autre exemple, Ralph par Ralph Lauren (2000), un fruité floral pour jeunes américaines. Sur les 38 composants odorants révélés par une analyse chromatographique de Ralph, seulement deux représentent en quantité 43% du total ; encore l'Hédione (30%) et le Galaxolide (13%).

Il y a certainement de nombreux parfums sur le marché qui s'articulent autour d'une galette, mais comme l'industrie de la parfumerie a choisi de se protéger par le secret (éternel) et non par le brevet (temporaire), il est difficile d'en dire plus.


Expérimentons la galette.

J' ai donc tenté une petite composition basée sur ce concept de galette, autour de laquelle viendront se greffer rose, jasmin et iris. Une tentative de floral classique en somme.


La formule

Hédione : 20

Iso E Super : 10

Brassylate d'éthylène (musc T) : 6

Exaltolide@50% : 8

Alcool phényléthylique : 3

Citronellol : 1

Géranium HE : 1

Monarde fistuleuse HE : 1

Acétate de benzyle : 2

Jasmin absolue : 1

Dihydrojasmone@20% : 3

Iris (rhizome) absolue@20% : 4

Carotte (graines) HE : 1

Alpha-ionone : 1

Méthyl-ionone : 1

Benzaldéhyde@10% : 6

Giroflier (bouton floral « clou »)HE@20% : 2

Coumarine@25% : 4

Vanilline@50% : 4


Commentaires sur la formule

La « galette » (71%) :

L'Hédione (35% à lui seul), l'Iso E Super et les muscs (Musc T et Exaltolide)


La rose (11%) :

représentée (sommairement, il est vrai) par l'alcool phényléthylique, le citronellol, le géranium et la monarde fistuleuse (qui n'est pas une espèce de grenouille arboricole de bassin de l'Orénoque, mais une fleur à géraniol cultivée en Normandie).


Le jasmin (6%) :

l'absolue de jasmin, renforcée par l'acétate de benzyle, et le dihydrojasmone, mais l'Hédione du « noyau » peut être considérée comme participant à l'accord jasmin.


L'iris (7%) :

Avec l'absolu d'iris, la graine de carotte, le méthyl-ionone et l'alpha-ionone.


Les notes complémentaires (5%) :

Le benzaldéhyde : il intervient en tête de la fragrance et apporte, combiné avec les notes florales, un petit coté fruité-noyau. Le benzaldéhyde possède une forte odeur d'amande amère.

Le clou de girofle : apporte une pointe épicée, mais on peut aussi considérer que son composant principal, l'eugénol, est un classique dans les accords rose et jasmin.

La coumarine et la vanilline, quelques douceurs en soutien.

La fragrance :

Sans être antipathique, le résultat est guère original, mais ce n'est pas ce qui était recherché ici. Cela évoque un parfum féminin propret de cosmétique lamdba, avec une note « amande de cerise » en tête (le benzaldéhyde combiné avec les alcools de rose sans doute). La « galette » malgré le dosage un peu exagéré pour les besoins de l'expérience s'avère finalement plutôt discrète, assurant son soutien logistique en coulisse.


(source illustration : photo-libre.fr)

dimanche 4 octobre 2009

De l'origine des chypres


Dans la classification moderne des parfums, la famille des chypres fait directement référence au parfum « Chypre » créé par François Coty en 1917. Cette famille plutôt féminine se base sur l'élégant contraste d'un thème frais (bergamote, notes vertes ou florales) et d'un thème sombre (patchouli, mousse de chêne, labdanum).
Si le Chypre de Coty est resté pour définir une famille de parfum, il est loin d'être le premier « chypre ».

Au début de la parfumerie moderne, d'autres chypres avaient devancés celui de Coty : ceux de Roger & Gallet en 1893, de Lubin en 1898 ou le « Chypre de Paris » de Guerlain en 1909. Mais même ces produits faisaient référence à une vieille tradition de productions parfumées associés au terme «chypre » dont l'origine est mal déterminée.

Dès le quatorzième siècle, on trouve mention, dans les livres d'inventaires des seigneuries, de divers objets ornementés (cagettes, lanternes, coffrets) destinés à contenir des oiselets de chypre (oysellez de cypre ou oisellez de chippre).
Qui sont ces mystérieux volatiles chypriotes ?

Il s'agissait en fait d'un type de pastille parfumée, faites d'un agglomérat de substances odorantes moulées en forme d'oiseau. Les oiselets étaient, selon les sources, utilisés tels quels comme parfum d'ambiance (un peu l'ancêtre du diffuseur Air Wick), ou alors brulés comme encens.
Une composition de ces oiselets a été rapporté en 1721 : charbon de saule, racines de cypérus, labdanum, mastic, encens, styrax, marjolaine, cannelle, girofle, santal citrin, roses rouges.
Un ingrédient peut attirer l'attention, les racines de cypérus, certainement cyperus esculentus, le souchet comestible. En effet, les tubercules doux et parfumés de cette plante (appelés « amandes de terre ») étaient un ingrédient utilisé dans la parfumerie ancienne.
Et si les oiselets de Chypre n'avaient rien à voir avec l'ile méditerranéenne, mais étaient plutôt des « pastilles en forme de petits oiseaux au cyperus », d'où oiselets de cypre puis oiselets de chypre. Je vous rassure, cette alternative étymologique sur l'origine du terme chypre en parfumerie n'est pas de moi ; le parfumeur anglais G.W. Septimus Piesse avait déjà avancé cette hypothèse au début du 19ème siècle.

A partir du 18ème siècle, les distillateurs, les parfumeurs et autres liquoristes proposent dans leurs traités différentes versions d'« Eau de Chypre » dont le lien avec les oiselets reste à préciser.

Voici donc quelques compositions de chypres (ou plutôt Eaux de Chypre) anciens.

Dans son Traité raisonné de la distillation (1753), M. Déjean propose la préparation d'Eau de Chypre suivante :
2 gros de quintessence d'ambre gris,
5 pintes et chopines d'eau de vie,
à distiller dans un alambic.

Pour Pierre Joseph Buc'hoz, l'Eau de Chypre est un peu plus complexe ; en voici la préparation dans son ouvrage Toilette de Flore de 1771 :
8 pintes d'esprit de jasmin
1 once d'iris concassé
½ once de graines d'angéliques pilées
3 noix muscades pilées
6 onces de rose muscade blanche pilée
2 gros de néroli
30 gouttes d'ambre
Le tout est à distiller à l'alambic

Dans le Confiseur moderne (1803), J.J. Machet nous propose une autre Eau de Chypre :
1 pinte d'esprit de jasmin
1 livre de double de rose
1 livre d'infusion de violette
1 livre de bergamote
1 gros de néroli
12 gouttes d'esprit d'ambre
12 gouttes de musc
Les ingrédients sont à mélanger puis à filtrer.

Une autre version, celle de C.F. Bertrand dans Le parfumeur impérial (1809)
4 pintes d'eau de jasmin
1 chopine d'eau de violette
1 chopine d'eau de bergamote
1 chopine d'eau de tubéreuse
1 chopine d'esprit d'ambrette
4 onces de benjoin ou de baume de tolu
2 onces de storax
4 onces d'essence d'ambre et de musc
½ sétier d'eau de rose simple

L'anglais G.W. Septimus Piesse nous propose une Eau de Chypre qu'il présente (déjà à l'époque) comme un vieux parfum français démodé, mais le plus tenace qu'il soit. (dans Art of Perfumery and the methods of obtaining the odor of plants -1812-)
1 pinte d'esprit de musc
½ pinte d'extrait d'ambre gris
½ pinte d'extrait de vanille
½ pinte d'extrait de fève tonka
2 pintes d'esprit de rose triple


Et pour la bonne bouche, une Eau de Chypre qui se déguste, puisqu'il s'agit d'une liqueur et non d'un parfum. C'est celle de Lebeaud et Julia de Fontenelle dans leur Nouveau manuel complet du distillateur et du liquoriste de 1843.
185 grammes d'iris de Florence
185 grammes de zeste de citron
62 grammes de cannelle
22 litres d'alcool
18 litres d'eau
Distillez le tout à l'alambic puis ajoutez :

60 gouttes d'essence de bergamote
16 grammes d'essence d'ambre
6 litres d'eau de fleur d'oranger
6 litres d'eau pure
12 kg de sirop de sucre.

Pour celles et ceux qui se sentiraient une âme de parfumeur royal ou impérial, voici les correspondance des unités de mesures anciennes selon le « système du Roy » :

Unités de volume :
1 pinte = 952 ml
1 chopine = 476 ml
1 sétier = 152 litres

Unités de masse
1 gros = 3,82 grammes
1 once = 30,59 grammes
1 livre = 489,50 grammes

( Illustration : Tubercules du souchet comestible cyperus esculentus, source http://ipp.boku.ac.at)

dimanche 27 septembre 2009

Teintures alcooliques


Le principe de la teinture alcoolique est simple : il suffit de faire macérer un matériau odorant dans de l'alcool éthylique durant un temps suffisant pour que l'alcool capture l'odeur du matériau en question. Les teintures ont été des matières importantes dans la parfumerie pré-moderne, jusqu'au début de vingtième siècle, par exemple la teinture de musc tonkin et la teinture d'ambre gris.

A la recherche de matières premières parfumées, j'ai fait quelques expériences de teintures alcooliques, avec de la vanille, des fèves tonka, de la poudre d'iris et des graines d'ambrette. Ces teintures ont toute plus de 6 mois, sauf celle de graines d'ambrette qui a 3 mois. Je vous livre quelques commentaires de ces expérimentations.


Teinture de gousse de vanille

Une demi-gousse de vanille (environ 1,5 gramme), coupée en petit tronçons, pour 10 ml d'alcool à 90°. (la gousse utilisée est de la vanille bourbon 1er choix)

La teinture a une couleur ambrée foncée ; sur touche, elle a bien l'odeur de la gousse de vanille, bien gourmande, mais avec une facette animale assez surprenante. J' ai appris sur le blog de Sylvaine Delacourte ( http://espritdeparfum.com/accueil/ ) que la maison Guerlain utilise la teinture de vanille (enrichie par de la vanilline) pour la fameuse « guerlinade » de ses parfums classiques.



Teinture de poudre de racine d'iris

Trois grammes de poudre d'iris (une cuillère à café) pour 10 ml d'alcool à 90°

Une personne a qui je faisais sentir cette teinture m'avais dit « c'est du curry ! ». Je n'avais pas fait cette analogie olfactive entre la teinture d'iris et le célèbre mélange d'épices, mais elle est finalement pertinente. Pour ma part, je trouve dans cette teinture un coté bâton de réglisse mêlé de violette. Donc le profil sera : bâton de réglisse, curry, violette.

Je l'ai comparé sur touche avec une dilution à 20% d'absolue d'iris palida, les senteurs sont tout de même différentes. L'absolue possède une effet « carotte » en tête, qui est absent de la teinture, l'absolue est plus florale, plus poudrée, plus complexe et moins brute que la teinture. Je dirais que l'on retrouve la teinture est dans l'absolue, mais pas l'inverse. Une chose qui m'a surpris, c'est que la teinture est bien plus tenace que l'absolue à 20%. J'ai d'ailleurs conservé une touche de cette teinture qui date d'avril dernier, et il reste une très légère odeur, mince mais perceptible.


Teinture de fèves tonka

Deux fèves tonka (3 à 4 grammes) râpées pour 10 ml d'alcool à 90°


J'ai comparé cette teinture avec une dilution à 10% d'absolue de fève tonka (toujours sur mouillette) : l'identité olfactives des deux produits est similaires à mon nez ; sauf que la dilution d'absolue possède plus d'intensité. Je reprendrais donc les descriptifs classiques de la fève tonka en parfumerie : doux, chaud, foin, tabac, amandé, caramel.


Teinture de graines d'ambrette

Environ 8 grammes de graines d'ambrette concassées pour 10 ml d'alcool à 90°.


La teinture a une couleur jaune-vert pale, j'y sens du fruité (poire), une facette du chocolat (pas l'arôme de chocolat lui-même, mais l'une de ses facettes, je ne saurais trop la décrire), du floral, le tout s'évanouissant sur un fond qui évoque un musc blanc. Malheureusement, tout cela est très ténu, il faut vraiment tendre le nez, et trois heures après avoir imbibé la mouillette, il ne reste plus rien (sauf anosmie de ma part).


Pour terminer une composition volontairement simpliste à base de teintures :


Teinture de gousse de vanille : 3 grammes

Teinture de fèves tonka : 0,5 grammes

Teinture de poudre d'iris : 8 gouttes

Huile essentielle de bergamote : 8 gouttes

(Pas de solvant à ajouter, c'est prêt, mais on peut attendre une maturation )


Cela donne une espèce d'ectoplasme de Shalimar, léger mais pas antipathique.



( Illustration : fleur de l'hibiscus Hibiscus Abelmoschus, qui produit les graines d'ambrette. source http://www.fleurdestropiques.net )